Lutte antisectes, la faillite du contre-pouvoir médiatique

Par l'équipe du CICNS (avril 2010) 

Le 7 avril 2010, Frédéric Taddéi invitait des journalistes sur le plateau de Ce soir ou jamais (France 3), pour faire le point sur le niveau de confiance qu’inspirent les médias traditionnels à l’opinion publique. Robert Ménard (fondateur de Reporters sans frontières) et Laurent Joffrin (directeur de Libération) reconnaissaient qu’il était reproché aux médias leur trop grande proximité avec le pouvoir, tout en suggérant que cette impression était fausse. Philippe Merlant, présent également sur le plateau, avait pour sa part répondu de façon beaucoup plus tranchée à cette question dans son livre (co-auteur avec Luc Chatel) « Médias : faillite d’un contre-pouvoir ». 

Pour les journalistes sceptiques sur les liens problématiques entre journalisme et pouvoir en France, la couverture médiatique de la sortie du rapport 2009 de la MIVILUDES est un exemple de choix, démontrant comment, de façon passive ou active, télés et journaux ont offert une tribune exclusive à la MIVILUDES ou organisé des débats présentés comme contradictoires mais révélant un parti pris évident des directions éditoriales (ou des journalistes eux-mêmes) pour les thèses développées par la mission interministérielle. S’il est vrai que l’engouement médiatique pour le rapport de la MIVILUDES était inférieur à l'année passée (notamment sur les chaines de télévision) - comme si la rhétorique idéologique extrémiste de Georges Fenech, passée la première surprise, suscitait moins d’agitation -, la communication de la mission fut suffisante pour générer dans les médias le quota de désinformation habituel sur le thème marronnier des « sectes ».  

Chaque année, la MIVILUDES invente de nouveaux fléaux présentés comme des causes nationales ; en 2008 le satanisme était, entre autres, un des dangers à conjurer ; en 2009, chamanisme (le rapport de la MIVILUDES parle de la « déferlante du néo-chamanisme ») et « nutritionnisme » sont dénoncés, les médias s’empressant de diffuser ces « terribles révélations ». 

La virulence du combat antisectes mené en France par les pouvoirs publics est largement soutenue par les médias. Tous les articles ou émissions autour des minorités spirituelles sont « à charge ». De plus en plus de programmes utilisent des techniques journalistique discutables et critiquées au sein même de la profession : caméras cachées, infiltration, fausses identités (voir un article du Monde) et surfent sur les peurs et les amalgames ambiants. A contrario, les articles ou émissions cherchant à comprendre avec curiosité et ouverture d'esprit les minorités spirituelles sont rarissimes ; Nous avons trouvé un reportage décent sur une communauté spirituelle installée à l’étranger, qui illustre bien l’état d’esprit français sur la question : les nouvelles spiritualités hors de nos frontières sont considérées comme exotiques et plutôt sympathiques mais, dès qu’elles pénètrent nos frontières, elles deviennent diaboliques. Ainsi, selon le rapport 2009 de la MIVILUDES, le chamanisme est respectable, loin de chez nous; mais dès qu'il arrive sur notre territoire, il devient « néo-chamanisme » et rejoint la cohorte des « sectes ». 

Le manque de sérieux des médias dans leur étude de la situation française n’a d’égal que leur désintérêt pour les mêmes questions à l’étranger. S’ils avaient lu correctement le rapport de la mission interministérielle, ils auraient constaté qu’elle avait elle-même apporté la preuve que la question sectaire est un « non problème » dans la quasi-totalité des pays interrogés. La seule conclusion possible est donc une déformation artificielle de ces questions dans le contexte français (voir notre commentaire critique sur le rapport 2009 de la MIVILUDES). La caricature des groupes spirituels minoritaires est en fait la caricature du regard porté par la MIVILUDES, une partie du Parlement, les associations antisectes et les médias, sur ces mêmes minorités. 

Il y a donc bien faillite du contre-pouvoir des médias sur le thème des « sectes ». La corporation des journalistes n’étant pas douée pour l’autocritique (les seuls acteurs critiques étant quasiment forcés de sortir du système médiatique pour pouvoir s’exprimer), il ne nous reste plus qu’un travail de sensibilisation et d’interpellation persévérant et patient afin de rappeler leur responsabilité dans l’état de la société, et les inviter à plus de courage et d’ouverture d’esprit sur la place légitime des minorités dans la société française. Les médias traditionnels pourraient avantageusement s’inspirer de nouveaux médias alternatifs comme le site Ouvertures. 

Les médias et la sortie du rapport 2009 de la MIVILUDES 

Nous avons sélectionné un échantillon des papiers ou émissions des principaux médias traditionnels, commentant la sortie du rapport 2009 de la MIVILUDES, à partir d’une recherche sur Internet. Cette recherche n’a pas la prétention d’être exhaustive mais elle est suffisante pour étayer notre propos sur le rôle défaillant des médias sur la question desdites sectes. 

Chaînes de télévision 

LCPAN (La chaîne parlementaire) - Ça vous regarde - « Lutte contre les sectes, une priorité ? » (7 avril 2010) 

Cette émission est parmi les plus caricaturales sur le thème des sectes et sous l’appellation « débat ». Seuls les protagonistes antisectes parmi les plus virulents (Georges Fenech, Jean-Pierre Brard, la vice-présidente de l’UNADFI, le journaliste Serge Faubert) étaient présents. Les questions de l’animateur Arnaud Ardoin n’avaient d’autre utilité que de servir de faire valoir aux réponses de son panel. Il ne s’agissait pas d’un débat mais d’une tribune libre offerte à la MIVILUDES, sans le moindre esprit critique. Faut-il s’en étonner puisque LCPAN et la MIVILUDES ont signé un accord de partenariat pour « favoriser les conditions d'informations des citoyens » (Voir notre communiqué sur le « partenariat » entre LCPAN et la MIVILUDES) ? Voir également notre communiqué à propos de cette émission. 

France 5 – Revu et corrigé (10 avril 2010, aller à 52’40) 

L’équipe de Revu et corrigé a contacté le CICNS à la recherche d’un sociologue pour apporter la contradiction à Georges Fenech. Nous avons précisé à la rédaction qu’il nous semblait indispensable de disposer de plus de temps pour présenter une information alternative dans un contexte hostile à toute contradiction réelle. Le sociologue Raphaël Liogier a néanmoins accepté l’invitation de Revu et corrigé et a apporté, autant que faire se peut, expertise et lucidité dans un environnement qui en manque cruellement. 

Cette émission présentait une possibilité de débat a minima mais son contenu révèle que les journalistes ont pris fait et cause pour le discours de la MIVILUDES et que la contradiction apportée par Raphaël Liogier avait un lourd handicap.  En début d’émission, Paul Amar a présenté la MIVILUDES comme « la mission contre les sectes ». Vraisemblablement prévenu de cette bévue, il s’est repris en début de sujet. On peut légitimement se demander combien d’années et d’émissions seront nécessaires à des journalistes expérimentés pour réaliser que la France n’est pas censée lutter contre les sectes mais contre les dérives sectaires. Le réflexe consistant à mélanger les deux notions devrait les inviter à réfléchir sur l’hypocrisie du système de lutte antisectes français. Mais, apparemment, rien n’y fait.  

Paul Amar a introduit le sujet comme suit : « Les dérives sectaires perdurent et (…) les gourous en tout genre font preuve sans cesse d'une habileté diabolique, la MIVILUDES l'a encore démontré cette semaine ». A suivi l'inévitable « buzz », condensé d'images et d’amalgames repris sur différentes chaines, sans queue ni tête, permettant aux réalisateurs de la séquence, sans autre forme d’analyse, de valider le travail de la MIVILUDES. Le reportage fut tellement au goût de Georges Fenech, que celui-ci a rendu hommage aux journalistes. Lorsqu'un tel hommage est rendu par un représentant des pouvoirs publics sur un thème où toute réflexion alternative a été gommée délibérément (l’équipe de Revu et corrigé nous ayant contactés, c’est bien sciemment qu’elle a ignoré une source d’information alternative pour son buzz), dans un « débat » au cours duquel un sociologue spécialiste du sujet considère qu’il faudrait remplacer la MIVILUDES par un organisme du type Inform (voir également notre projet d’Observatoire indépendant des minorités spirituelles), il est flagrant que les journalistes refusent de s’interroger sur leur méthode de travail et leur manque d’esprit critique.  

La méconnaissance du sujet de la part de Paul Amar l’a empêché, par exemple, de réagir aux propos fallacieux de Georges Fenech qui, évoquant le cas particulier d’Evelyne Marsaleix, a affirmé que cette jeune femme serait décédée des suites de l’application de méthodes de soins issues du « Mouvement du Graal ». L’épilogue de la procédure juridique correspondante a invalidé cette thèse comme nous l’illustrons dans notre reportage sur l’affaire du Docteur Guéniot. Mais Georges Fenech sait qu’une rumeur répétée inlassablement finit par être acceptée, et qu’aucun média ne cherchera à le contredire.  

Raphael Liogier avait un temps de parole inférieur à celui accordé à Georges Fenech. Le format des débats ne permet aujourd’hui qu’à la pensée dominante de s’exprimer, parce qu’elle pourra s’exposer rapidement et dans des termes que tout le monde connaît. Toute réflexion alternative, parce qu’elle demande plus d’élaboration, sera de facto empêchée (voir notre article Sectes, médias et pensée unique). 

France 5 – C à dire (8 avril 2010) 

Le présentateur de C à dire, Thierry Guerrier, n’en est pas à sa première prestation sur le sujet des « sectes » et son adhésion au discours de la MIVILUDES semble sans équivoque (nous avons eu l’occasion de commenter plusieurs des émissions qu’il a animées : C à dire – 2 octobre 2008, C dans l’air – 3 août 2009). Cette version 2010 de l’interview de Georges Fenech n’a été qu’une suite de questions soutenant le travail de la MIVILUDES, complétée par un « buzz » du même type que celui de l’émission Revu et corrigé. Prenant acte de la sortie du rapport de la mission, Thierry Guerrier constate que « le travail de traque des sectes en France n'est pas prêt de s’interrompre ». « Comment font-ils et sur quoi prospèrent-ils aujourd’hui en France ? » demande-t-il à Georges Fenech après avoir pris à son compte l’augmentation de 200 à 500 du nombre de mouvements sectaires, sans chercher à approfondir ce que ce terme recouvre et comment le classement est effectué. Citant le rapport, le journaliste précise : « Ce qui est frappant dans votre rapport cette année, c’est qu’il y a près de 15000 enfants qui ne vont pas à l’école et qui sont parfois embrigadés par des gourous ». Thierry Guerrier ne questionne ni la suspicion implicite portée sur les parents de ces enfants, ni le « parfois embrigadés », alors même qu'il pourrait rapprocher ces informations infondées des témoignages des administrations lors de la dernière commission d’enquête parlementaire sur les sectes en 2006. En fin d’interview, il fait remarquer qu’au fil des années, les rapports se suivent mais qu’il n’y a pas beaucoup de progrès et demande à Georges Fenech s’il manque de moyens. À aucun moment, l'absence de progrès comprise comme la conséquence naturelle d’une absence de problème réel (tel qu’il est formulé par la MIVILUDES) n’est envisagée par le journaliste. 

TF1 – journal (7 avril 2010) 

Laurence Ferrari a introduit le sujet en nommant la MIVILUDES « Mission interministérielle de lutte contre les sectes » qui « remet en cause ceux qui se font appeler des chamanes : des charlatans, qui sous couvert de purification mentale, escroquent ceux qui viennent les voir ». Hormis la confusion habituelle chez les journalistes entre « dérives sectaires » et « sectes », la journaliste est même parvenue, dans son introduction, à caricaturer le rapport de la mission, puisque les rapporteurs ont pris soin de faire un tri (en forme de déclaration d’intention) entre les bons et ceux qu’ils considèrent comme les mauvais chamanes. A suivi un reportage où des pratiquants du chamanisme ont eu la possibilité de s'exprimer, point positif de ce reportage. Néanmoins, ce mini documentaire en forme de « buzz » n’échappe pas aux simplifications et aux amalgames et le commentaire de la voix off a repris exactement l’argumentaire des rapporteurs de la MIVILUDES : 1°) La MIVILUDES respecte les croyances, 2°) néanmoins, certaines pratiques sont dangereuses, ont infiltré tout le corps social et nécessitent la plus grand prudence, et, 3°) comme le montrent ces quelques témoignages à charge. Ces témoignages sont restitués sans contexte, sans mise en perspective, en les généralisant et sans contradictoire. Le point 1°), qui est une affirmation de façade de la part de la MIVILUDES (voir entre autres notre communiqué sur les dérapages verbaux de Georges Fenech), pèse alors bien peu en regard du climat de suspicion généralisée à l’encontre de toutes les nouvelles formes de spiritualité ou de pratiques thérapeutiques alternatives, entretenu depuis plus de trente ans en France.    

Radios 

RTL (7 avril 2010) : Titre sur le site Internet : « Rapport de la Miviludes : les grosses sectes ne sont pas les seules à faire des ravages ». Dans un premier reportage, les journalistes présentent les conclusions du rapport de la MIVILUDES et donnent par deux fois la parole à Georges Fenech, auto-justifiant de façon artificielle leur résumé du document. Suivent deux reportages introduits par Vincent Parizot sur la communauté Amour et miséricorde mentionnant « la sortie du rapport de la MIVILUDES sur les sectes ». Seuls les témoignages d’apostats ou de parents s’estimant lésés sont produits. Aucun contradictoire n’est présenté, les journalistes se retranchant derrière la difficulté à rentrer en contact avec le groupe. Trente années de lynchage médiatique constant à l'encontre des minorités spirituelles rendent effectivement ces groupes méfiants, mais cet aspect du problème n’entre pas en considération pour les journalistes. 

Europe 1 (7 avril 2010) : Titre sur le site Internet : « Les psychogroupes, nouveau visage des sectes ». Marc Olivier Fogiel interviewe Georges Fenech, qui présente son dernier  néologisme : les « psychogroupes » et qu’il emploiera, n’en doutons pas, péjorativement pour mieux pointer du doigt ses cibles. Le « journaliste » ne connaissant pas le sujet se contente de surfer sur les amalgames classiques. Exemple : combien de personnes sont-elles touchées par les dérives sectaires ? Réponse de Georges Fenech : 500 000. Le chiffre n’est pas questionné, ce qu’il recouvre réellement et la méthodologie utilisée pour l’obtenir non plus. Marc Olivier Fogiel demande à Georges Fenech : « Aujourd’hui, il n’existe pas une liste où apparaitrait toutes ces sectes, ça serait quand même plus simple pour tous ceux qui nous écoutent ; c'est pas un manque, c'est pas une carence ? », permettant au président de la MIVILUDES d’expliquer hypocritement qu’il n’est pas dans cette logique avec son nouveau référentiel. A nouveau, aucune prise de recul ni analyse critique du journaliste. Demandant à Georges Fenech s'il ne manque pas de moyens de répression contre les sectes, celui-ci répondra qu’il est là pour « exercer une veille, pas une répression ». Georges Fenech et Marc Olivier Fogiel ne semblent pas disposés à considérer les descentes de la MIVILUDES dans certaines communautés, et le lynchage médiatique les accompagnants, comme des formes de répression ne disant pas leur nom. 

La presse écrite traditionnelle sur Internet 

De nombreux sites ont repris les termes du rapport de la MIVILUDES. Aucune analyse critique n’a été proposée, comme si le sujet était définitivement traité, les journalistes reprenant souvent à leur compte les résumés qu’ils effectuent du rapport (les titres d’articles choisis en sont également l’illustration). Exemples : 

Le Monde : Titre : « La MIVILUDES s'alarme des néo-chamanes et nutritionnistes fantaisistes ».

Le Monde : Titre : « Lutte contre les sectes : une priorité ? » ; sur cette page, Le Monde annonce l’émission de LCPAN commentée plus haut.

Le Figaro : Titre : « Sectes : la MIVILUDES publie son rapport » ; le journal reprend la dépêche AFP.

Nouvel Obs : Titre : « Sectes : les nutritionnistes et les néo-chamanes inquiètent ».

Nouvel Obs (article Associated Press) : Titre : « Le New Age met les enfants en danger, selon la MIVILUDES ».

La Croix : Titre : « La MIVILUDES muscle sa lutte contre les dérives sectaires ».

Paris Match : Titre : « MIVILUDES : des dérives au nom du bien-être ».

L’humanité : Titre : « Mission sectes : gare aux gourous ». L’auteur de l’article, comme beaucoup d’autres journalistes, semble penser que la MIVILUDES lutte contre les « sectes ». Notons le titre accrocheur digne du marronnier que constitue le thème des sectes.

Libération : « Titre : « Néo-chamans et nutritionnistes fantaisistes dans l'œil de la MIVILUDES ».

Le Dauphiné : Titre : « SECTES : alerte sur le néo-chamanisme et les pseudo-nutritionnistes ».

Ouest France : Titre : « L'éclosion des petites sectes ».

La Voix du nord : Titre : « Sectes : la MIVILUDES s'inquiète du néo-chamanisme et des nutritionnistes ».

Le Progrès : Titre : « Sectes : faux chamanes et vrais charlatans envoûtent les Français ». Un titre volontairement accrocheur pour susciter la peur. 

Médiapart : Titre : « La MIVILUDES rend son rapport annuel ».

Certains articles ne se contentent pas de restituer le contenu du rapport, sans analyse critique ; ils ajoutent aux conclusions de la MIVILUDES leurs propres commentaires (en termes souvent agressifs ou racoleurs, ou en donnant la parole à d’autres protagonistes antisectes). Exemples : 

Le Figaro : Titre : « Sectes : ces enfants que se disputent les parents » ; L’article cite Me Line N’Kaoua, réputée pour ses prises de position antisectes, critiquant les décisions de justice relatives à la parentalité (voir notre commentaire du rapport 2009 de la MIVILUDES sur le thème « Parentalité et convictions »).

Le Point : Titre : « La mission antisectes dénonce la face cachée du bien-être nutritionnel » ; cet article, dans son empressement à adopter les conclusions de la MIVILUDES, lui prête des propos imagés qu'elle ne tient pas : « La dérive Gaïa à gogo, médecine "New Age", et hygiéniste de l'extrême ne date pourtant pas d'hier, comme le rappelle le rapport ». L’article évoque également « la dictature du bien-être » qui n’est pas une expression utilisée dans le rapport.

La Dépêche : Titre : « Guy Rouquet combat les dérives sectaires ». Guy Rouquet est le président fondateur de Psychothérapie Vigilance et il a participé à l’élaboration du rapport de la MIVILUDES.

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