Communiqué de presse du Centre d'Information et de Conseil des Nouvelles Spiritualités (CICNS)

 

Des listes de sectes, de champignons et autres « référentiels »

 

Montpezat de Quercy - 11/08/2009 - 10h45 (CICNS)  

Le choix de Georges Fenech, actuel président de la MIVILUDES, de publier une nouvelle liste de sectes ne date pas d'hier. Le 27 juin 2005, en réponse à une circulaire du Premier Ministre Jean-Pierre Raffarin, relative à la lutte contre les dérives sectaires et stipulant que « le recours à des listes de groupements sera évité », Georges Fenech, alors député, cosignait avec les parlementaires Philippe Vuilque  et Jean-Pierre Brard, un communiqué de presse  affirmant, contrairement à la plupart des commentateurs de l'époque, que « la circulaire ne préconise absolument pas d'en finir avec la liste parlementaire » et que « la liste (...) reste donc une référence pour le travail de prévention et de lutte contre les dérives sectaires ».

Il n'est donc pas surprenant que Georges Fenech, une fois à la tête de la mission interministérielle, ait eu comme priorité de réactualiser une liste de proscription pourtant sévèrement critiquée en France et à l'étranger, mais permettant à certains acteurs antisectes de voir en la France le guide des nations, précurseur dans la lutte contre les dérives sectaires. La plupart des pays d'Europe occidentale ont écarté ce type de méthodes.

Pour tenter de prévenir les réticences qu'une telle récidive était susceptible de déclencher, la MIVILUDES a utilisé la technique du changement de vocabulaire. Une pratique hypocrite qui consiste à faire croire qu'une modification de dénomination équivaut à un réel changement de cap et de méthodes alors qu'il n'en est rien. Georges Fenech a donc inauguré le "référentiel de pratiques sectaires" qui n'est pas une "liste de sectes". Dès février 2009, il tentait de persuader un journaliste dubitatif du Parisien de cette subtile différence : « Plutôt qu’à une liste en tant que telle, je réfléchis en effet à la mise en place d’un référentiel des mouvances et des pratiques témoignant de dérives sectaires » (Le Parisien). Le subterfuge n'a pas abusé le Ministère de l’Intérieur : « Matignon a en effet reçu un courrier signé de Michèle Alliot-Marie, réclamant aux services de François Fillon de bien « cadrer » l’action de la Miviludes, après que son président, fin janvier, a émis l’idée de proposer une nouvelle orientation de la politique suivie par sa mission" (Le Parisien).

Le 30 juillet 2009, l'AFP publiait une dépêche précisant que : « La Miviludes (...) ne publiera pas son "référentiel" sur les sectes, qui sera tout de même accessible aux professionnels sur demande (...) la Miviludes a indiqué que Matignon avait tranché en faveur de la non publication » (L'Express).

Il faut donc féliciter le Ministère de l'Intérieur pour son action qui a su mettre quelque frein à la pratique ignominieuse des listes.

Mais faut-il se satisfaire de la décision prise par Matignon ? Non, car cette liste, validée par un organisme d’Etat, existe bel et bien et sera accessible à des professionnels. Georges Fenech apporte quelques précisions édifiantes : « Les professionnels de la justice, les associations, les mouvements eux-mêmes, les pouvoirs publics, les ministères et les élus locaux qui nous interrogent souvent, sur la location d’une salle pour telle ou telle conférence ou pour accorder à quelqu’un l’agrément d’assistante maternelle. Des particuliers également, peuvent déjà nous consulter même si on ne remet pas, actuellement, de documents » (Libération). Autrement dit, tout le monde ou presque y aura accès et, à l'heure de l'Internet, les chances que cette liste reste confidentielle sont minces. Quelles sont les mesures de protection envisagées ? Accèdera-t-on au référentiel nom par nom ? En toute vraisemblance, la liste pourra être reconstruite petit à petit.  Une mairie pourra-t-elle obtenir des informations sur tous les mouvements considérés comme sectaires par la MIVILUDES et présents sur sa commune ? Peut-on croire que les ADFI et le CCMM, les principales associations antisectes, ne disposent pas du référentiel dans son intégralité, en étant probablement les auteurs ou, à tout le moins, les principaux contributeurs puisque la MIVILUDES s’est affranchie de toutes les expertises n’allant pas dans son sens ? Même si un accès unitaire au référentiel est proposé pour en freiner sa diffusion, le résultat est le même pour un mouvement listé : il se retrouve sur une liste de proscription élaborée par une majorité de structures partiales dont la compétence ne fait pas consensus. Le référentiel devient alors équivalent à un fichier de renseignement policier à charge. Le rapport parlementaire de 1996 était réputé sans valeur normative mais cela n'a pas empêché son utilisation extensive dans les administrations et sa mention systématique dans les médias. Quel sera le statut d'un référentiel élaboré par l'exécutif ? Sera-t-il opposable ? Le rapport parlementaire de 1996 comportait 173 noms, le référentiel de la MIVILUDES en comporte 500, comme le précise Georges Fenech : "Pour l’instant, nous avons répertorié environ 500 mouvements ou pratiques. Cela va du pseudo psychothérapeute à l’organisation véritablement constituée", affirmant avec un aplomb confondant : "Il n’a jamais été question de dresser une liste des sectes" (Libération). "On y ajoutera la parole des victimes, mais aussi des responsables des communautés afin de respecter le contradictoire" (Le Figaro) ; Georges Fenech nous a donné un aperçu peu reluisant de sa conception du contradictoire lorsqu'il a présidé la commission d'enquête parlementaire de 2006 sur le thème "L'enfance volée". En guise de réponse aux accusations émises à leur encontre, publiquement avec diffusion vidéo sur la chaîne parlementaire, les mouvements spirituels n'ont eu d'autre recours que de remplir un questionnaire préétabli, lapidaire, orienté et tardif. Pour ceux qui ont jugé légitime de poursuivre en diffamation leurs accusateurs, les députés ont concocté une loi sur mesure protégeant les témoins des commissions parlementaires (comprendre : celles qui traitent du thème des sectes).

Lors de l'émission C dans l'air du 3 août 2009, intitulée "secte ou pas secte", Georges Fenech, prudent après la décision de Matignon, n'a pas évoqué le référentiel, mais Jacques Miquel, également présent sur le plateau, président du CCMM, partenaire privilégié de la MIVILUDES, s'est exprimé à ce sujet : "Il a été question à un moment d'un référentiel sur les mouvements à dérives sectaires et j'ai entendu qu'il ne serait malheureusement pas donné au public, j'aimerais faire remarquer une chose qui m'étonne quand même beaucoup : dans ce pays personne n'a l'idée d'aller aux champignons sans une flore et croyez-moi, je suis mycologue amateur, les mouvements à dérives sectaires, c'est bien plus toxique que les champignons". Comparer les 500 pratiques et mouvements répertoriés par la MIVILUDES à des champignons vénéneux, donne une idée assez précise du niveau de contradictoire qui sera proposé lors de la consultation du référentiel, dont M. Miquel essaie de nous faire croire qu’il sera « non public », ce qui est inexact puisqu’il confond visiblement avec « non publié ».

Le débat sur la question sectaire en France, dévoyé par tant de faux semblants et de violence verbale, est désolant. Le CICNS demande le retrait complet du référentiel, invite tous les acteurs sociaux responsables et notamment les médias, à exiger des pouvoirs publics une réflexion de qualité sur la place des minorités spirituelles en France, respectueuse des personnes et des croyances, véritable démarche de connaissance, et propose aux pouvoirs publics de considérer sérieusement la création d'un observatoire indépendant des minorités spirituelles.  

Contact : Service Presse du CICNS - Denis Mathieu - 06 34 11 49 58 - Presse@cicns.net - http://www.cicns.net

 

 

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