L'affaire du docteur Guéniot 

Voir notre reportage vidéo sur l'affaire Guéniot (novembre 2009)  > ADSL   56k ou sur youtube

 

Le point sur l'affaire par le CICNS en février 2009 : 

 

Les décisions de justice  

 

En juin 2006, le tribunal correctionnel de Lille condamnait en première instance le docteur Gérard Guéniot à deux ans de prison avec sursis et une interdiction définitive d'exercer la médecine pour non-assistance à personne en danger après la mort, en 1997, d'une patiente cancéreuse, Evelyne Marsaleix, traitée par homéopathie (dépêche AFP sur L'Express). Le docteur Guéniot a fait appel de cette décision. Le Dr Saint-Omer, un confrère de Gérard Guéniot, également jugé en juin 2006 pour le même chef d'accusation, était condamné à deux ans de prison avec sursis. Il n'a pas fait appel.

 

Le 17 février 2009, donc 13 ans après les faits et suite à 10 ans d'instruction, « La Cour d'appel de Douai a relaxé le Dr Gérard Guéniot (62 ans). (...) Dans les 87 pages d'attendus du jugement, la Cour d'appel de Douai a expliqué hier que le Dr Guéniot n'avait examiné la patiente qu'à une seule reprise. Et qu'en conséquence, il ne pouvait être condamné pour "non-assistance à personne en péril" » (20mn).

 

 

Le contexte de l'affaire 

 

Une fois n'est pas coutume, nous avons trouvé dans un journal, Nord Éclair, un compte-rendu assez équilibré des tenants et aboutissants de l'affaire avec, de surcroît, une reconnaissance de la tendance des médias aux amalgames. Ce type d'amende honorable, à l'attention de son propre journal et sur le sujet des sectes, est suffisamment rare pour être mentionné. Nous reproduisons de larges extraits de l'article de Raphaël Tassart (écrit avant la décision de la cour d'appel).

 

En 1996, « Evelyne Marsaleix, (...) originaire de la région parisienne, apprend subitement qu'elle est atteinte par un cancer du sein ». « [Elle] se refuse d'abord à une cruelle évidence : la chimiothérapie est bel et bien le seul remède. Elle cherche des solutions, pense aux médecines alternatives et atterrit par l'intermédiaire d'une de ses meilleures amies, Catherine Ohl, chez le docteur homéopathe Saint-Omer à Tourcoing ».

 

« Un an et demi plus tard, Evelyne Marsaleix se retrouve avec une tumeur qui a plus que doublé de volume. (…) Quelques mois encore et la jeune femme meurt dans des conditions pour le moins atroces. Que s'est-il passé entre deux ? La jeune femme s'en expliquera, juste avant de mourir. Selon elle, elle a été la victime d'un piège tendu par les membres d'une secte appelée Graal et à laquelle appartenait, toujours selon ses déclarations (…) le docteur Saint-Omer et enfin le docteur Gérard Guéniot présenté comme le grand gourou de la communauté. Ces spécialistes lui auraient promis la guérison. Pas de traitement lourd, seulement des plantes : bref le remède idéal pour une femme qui ne voulait au départ pas entendre parler de chimiothérapie. Voilà le procès tout trouvé pour une affaire de « druides en blouse blanche » comme on le retrouvera souvent formulé dans les divers articles de presse, y compris Nord Eclair. »

 

« (…) Gérard Guéniot ne verra qu'une seule fois Evelyne Marsaleix et ce, selon lui, pour lui dire de retourner voir son cancérologue, un certain Dr Coscas avec qui Gérard Guéniot a d'ailleurs l'habitude de travailler. Dans le dossier d'instruction, on retrouve ce même constat. »

 

« (...) Le médecin homéopathe Gérard Guéniot continue de traîner derrière lui deux images et deux réputations diamétralement opposées. La première, la moins commentée dans la presse, est celle d'un praticien qui fut en son temps - les années 90 - l'un des homéopathes les plus prisés du pays. L'autre, qui détruit la première, veut en faire le gourou d'un mouvement pour le moins ésotérique, un druide en blouse blanche qui agirait dans un secret mille fois brisé pour le compte du Graal, association un moment répertoriée comme secte (cf rapport parlementaire de 1996 plusieurs fois contesté et aujourd'hui rangé dans un placard) ».

 

« (…) La thèse de l'accusé Guéniot est d'évoquer une sorte de complot monté par la victime approchée juste avant sa mort par l'ADFI. »

 

« (....) les clichés accrochés aux sectes reviennent. A chaque procès ou disons impair judiciaire que connaît le Dr Guéniot, s'en suit un mouvement de soutien assez considérable de ses patients ou anciens patients. (…) Vu de l'ADFI, le tableau est limpide (trop ?) et c'est clair : c'est une secte avec des disciples qui défendent embrigadés leur gourou.

 

Vu de l'autre côté, c'est la défense d'un innocent ».

 

Dans 20mn, le défenseur du Dr Guéniot, Me Xavier Autain explique que : « Gérard Guéniot ne s'était pas opposé à ce que la jeune femme subisse une chimiothérapie. »

La couverture médiatique

 

Le traitement médiatique général de l'affaire est loin d'avoir été aussi équilibré, comme l’illustrent les exemples ci-dessous.

 

Dès 1996, François Koch, "expert antisectes" de l'Express (à qui nous avons écrit à plusieurs reprises), publie un article intitulé "Evelyne et les charlatans du cancer" à charge contre "les guérisseurs du graal" qui "crient leur innocence". Il termine son texte par une citation d'Evelyne Marsaleix : « J'ai été arnaquée pendant près d'un an, soupire Evelyne, en étouffant un sanglot. Tant qu'il me restera un souffle de vie, je me battrai pour que les médecins du Graal cessent de faire des émules... et des victimes ». Se faire l'écho de la souffrance d'Evelyne Marsaleix est une chose, l'utiliser pour faire passer les thèses primaires du discours antisectes en est une autre. L'Express semble s'être contenté de publier, plus sobrement, la dépêche AFP pour annoncer la relaxe du Dr Guéniot.

 

Cette dépêche AFP, reprise par de nombreux autres supports, s'intitule : "Mort d'une patiente : relaxe en appel pour un médecin ex-adepte d'une secte". Si le médecin incriminé avait été un ancien catholique ou protestant ou membre d'une autre religion "reconnue" en France, l'AFP aurait-elle parlé d'un médecin "ex-adepte de l'Eglise catholique ou réformée" ? Raphaël Tassart, le journaliste de Nord Eclair, considère que le rapport parlementaire sur les sectes de 1996 a été "rangé dans un placard". Non seulement il ne l'a pas été mais il est bien toujours un document de référence pour la plupart des médias. Si le docteur Guéniot est toujours considéré par l'AFP comme "ex-adepte d'une secte", c'est bien parce que ce rapport a mentionné le Mouvement du Graal dans sa liste des sectes et que l’AFP s’y réfère. 

 

TF1 a couvert le sujet à deux reprises dans son émission le "Droit de savoir" (dont l'intitulé semble bien présomptueux). Une première émission en 1996 s'est penchée plus particulièrement sur le Mouvement du Graal. La deuxième émission diffusée le 22 décembre 2007 est disponible sur Google video (aller à 34:40 pour l’affaire Guéniot). Elle ne laisse aucune place au contradictoire, le docteur Guéniot est coupable aux yeux des « journalistes » qui ne semblent pas s'embarrasser des règles du Droit français : la culpabilité ou l'innocence ne sont établies que lorsque le jugement est définitif, ce qui n'est pas le cas en 2007 puisque la procédure d'appel est en cours. Dans le journal de 20h du 26 février 2008, date de début du procès en appel, le reportage reprend les mêmes thèmes et arguments que dans l'émission "Droit de savoir".

 

Le 23 février 2008, Marianne publiait un article au titre évocateur : "Le procès d'un gourou en blouse blanche". Avec ironie, la journaliste Elodie Vialle constate que : "l'ex-médecin, qui a fait appel de sa condamnation, poursuit son oeuvre", ignorant sans doute que la procédure d'appel rend la sentence de première instance suspensive. Dans un paragraphe intitulé "Mégalomanie", Elodie Vialle poursuit : « Certains ont même formé un «comité de soutien» pour défendre le Dr Guéniot. «Ce sont des personnes au portefeuille bien rempli, des idiots utiles », juge Charline Delporte, responsable de l'Association de défense des familles et de l'individu (ADFI) ». Dans une tentative peu crédible de respecter le contradictoire, la journaliste ajoute : « La présidente du comité de soutien, Françoise Lemaille, estime de son côté que « la secte n'est qu'un prétexte dans ce procès. En vérité, ce qui dérange, ce sont les médecines alternatives ». Disqualifier la thèse sectaire n'est pas du goût d'Elodie Vialle, qui s'inquiète en conclusion de voir la laïcité mise en péril : « Gérard Guéniot doit être jugé en appel à Douai, mardi 26 février. Me Xavier Autain, l'un de ses avocats, demande qu' « au nom des principes laïcs », son client ne soit pas jugé « en fonction de ses croyances (…)  mais sur les faits qui lui sont reprochés ». Comme si les deux n'étaient pas intimement liés. Au moment où l'existence de la Mission interministérielle de vigilance et de lutte contre les dérives sectaires est menacée, où l'on parle de « toiletter » la loi de 1905, où la directrice de cabinet de Nicolas Sarkozy, Emmanuelle Mignon, explique que les sectes sont « un non problème », nul doute qu'il risque d'être entendu ». (voir le jugement du tribunal d'instance de Paris au sujet de cet article diffamatoire, en bas de cette page)

 

Dans Le Panorama du Médecin : « Une mère de famille était décédée en 1997 pour avoir suivi les prescriptions médicales illusoires des deux médecins, liés tous deux au Mouvement du Graal, répertorié comme sectaire dans les deux rapports parlementaires de 1995 et de 1999 », article reproduit sur le site de l’UNADFI sous le titre : « Les nouveaux charlatans de la santé »

 

FR3 résume de façon lapidaire l’issue du procès : «  Cet ancien adepte de la Secte du Graal est donc blanchi. »

 

Face au non respect du contradictoire dans les médias traditionnels, les personnes soutenant le docteur Guéniot ont choisi de faire entendre leur voix sur le Net. Ils permettent ainsi à toute personne désirant s'informer de façon plus objective de diversifier ses sources d'informations pour construire une opinion mieux informée.

  

Le rôle des ADFI et UNADFI

 

En 2005, Charline Delporte, Présidente de l’ADFI, a un avis bien informé : « Comme exemple de technique soi-disant naturelle, comme on en trouve beaucoup dans les groupes de type new age et dans les sectes, celle du Dr Guéniot, qui était membre du Mouvement du Graal, est emblématique. A mon avis, il aura des ennuis avec la justice, notamment suite au décès d’une malade. Le Dr Guéniot s’est révélé très dangereux en soignant des cancers avec du houx…Une personne en est morte alors qu’elle aurait pu être sauvée et qu’elle était guérissable, si elle avait suivi un traitement médical classique. Voici une des graves conséquences de la manipulation mentale de type sectaire et qui n’a rien à voir, au point de vue des conséquences, avec les petites manipulations dont nous faisons l’objet quotidiennement au travers de la publicité notamment. » (Source)

 

En 2006 : « L’enquête avait alors débuté à la suite d’une plainte de l’Association de défense des familles et de l’individu (ADFI). L’association antisectes dénonçait entre autres certaines théories médicales, proches de l’ésotérisme, défendues par les deux médecins qui se réclamaient du mouvement du Graal et de son fondateur Abd-Ru-Shin, le « fils de la lumière ». » (CCMM)

 

En 2009 : « Dans l’affaire Marsaleix, l’UNADFI est partie civile. Et la présidente de l’ADFI Nord, Charline Delporte, a été citée à comparaître comme témoin. » (UNADFI)

 

« Le praticien nordiste, adepte des médecines parallèles, est mis en cause par la famille de la victime pour l'avoir détournée des traitements classiques. Mais l'Union nationale des associations de défense des familles et de l'individu victimes de sectes (UNADFI) tient à joindre aux débats l'appartenance du praticien au mouvement chrétien sectaire ». « Dans son jugement de 2006, le tribunal n'a pas reconnu le rôle du Graal dans cette affaire », a réagi François Jacquot, l'un des deux avocats du médecin. Mais en 2008, pour la procédure d'appel, la Cour a accepté d'entendre l'UNADFI(…) (Source)

  

La MIVILUDES

 

Dans son rapport annuel 2006 (voir nos commentaires sur ce rapport), la MIVILUDES consacre (page 224) trois pages au drame d’Evelyne Marsaleix. Le paragraphe est intitulé : « Le Mouvement du Graal » et l’introduction précise : « Une décision mérite d’être signalée dans le domaine de la lutte contre les atteintes aux personnes et aux biens commises par des mouvements à caractère sectaire : il s’agit de l’affaire dite « Mouvement du Graal ». Les rapporteurs présentent uniquement la version des faits défendus par la partie civile (à savoir l’ADFI) et étendent donc  l’accusation au « Mouvement du Graal ». Ils font donc arbitrairement l'amalgame entre une possible dérive individuelle et la dérive d’un groupe dans son ensemble, avec l’objectif non dissimulé de cautionner le caractère « sectaire » de l’affaire. Probablement mieux informés des règles de droit que les journalistes, ils terminent leur version des faits par une phrase exprimant la prudence : « Cette décision n'est pas définitive, un appel ayant été interjeté », mais ceci après avoir pris soin de jeter un soupçon non équivoque de leur part sur les docteurs Saint-Omer et Guéniot et le Mouvement du Graal.

 

La Justice au procès de Lille

 

A noter, en 2006, cette phrase du Procureur : « Contre les ex-médecins, Mme Hoflack a demandé une peine exemplaire au regard des idées extrêmement dangereuses que vous diffusez. » (Source). Il s'agirait donc d'un réquisitoire portant non pas sur des faits avérés mais sur « des idées ».

 

« Selon l’avocat général Dominique Hoflack, les deux hommes, spécialistes de l’homéopathie et d’acupuncture exerçant dans la métropole lilloise, ont prescrit « un traitement totalement inapproprié. » (Source)

  

La suite

 

Force est de constater, une nouvelle fois, qu'une l’ADFI (secondée avec zèle par la MIVILUDES et les médias) a attisé les haines et la désinformation dans une affaire déjà très douloureuse. Charline Delporte (responsable de l’ADFI Nord, partie civile dans l’affaire du Dr Guéniot) a sans doute sa bonne conscience pour elle et nous ne jugerons pas ce qu’elle estime sincèrement comme un combat juste et nécessaire. Mais ce sentiment de « justesse » ne peut que s’effriter devant les dérives de la lutte antisectes menée en France au nom d'une défense pervertie des droits de la famille et de l'individu. Suite à la décision de justice de la Cour d’appel de Douai, Charline Delporte précise : « J'en appelle maintenant à la Chancellerie. C'est désormais à elle de porter ce cas devant la Cour de cassation. » (20mn)

 

Quelques questions en suspens

 

L’Express et François Koch vont-il commenter la décision de justice de la Cour d’appel de Douai et leurs prises de positions initiales très orientées sur l’affaire ? TF1 va-t-elle initier une émission intitulée le « Droit de vraiment savoir » dans laquelle un numéro plus objectif sera consacré à l’affaire du Dr Guéniot ? Marianne et Elodie Vialle vont-ils désormais nuancer leurs commentaires sur les « gourous en blouse blanche » et s’imprégner un peu mieux de l’esprit de la laïcité au lieu d’en parler de façon incantatoire ? L’AFP va-t-elle comprendre après plus de vingt ans que la liste des sectes de 1996 n’a jamais eu aucune crédibilité et qu’il faut cesser de s’y référer directement ou indirectement ? La MIVILUDES, organisme public censé représenter une version équilibrée de la réalité sociale, est-elle légitime dans son exposition non contradictoire de l’affaire du Dr Guéniot et dans les amalgames auxquelles elle procède systématiquement ? L’ADFI, au vu de ses prises de positions extrêmes voire extrémistes et de son instrumentalisation des pouvoirs publics sur la question des victimes de sectes, mérite-t-elle un statut d’utilité publique ?

 

Si nous ne pouvons formuler qu'un espoir mesuré de réponses satisfaisantes aux quatre premières questions, nous avons les réponses aux deux dernières : non et non.

 

Notre commentaire aurait été similaire, même si le Dr Guéniot avait été condamné en appel. Il convient en effet de mettre un terme au lynchage médiatique, aux défoulements bon marché. Beaucoup de ceux qui se référent avec emphase aux droits de la personne, aux valeurs de la République, à la laïcité, les foulent souvent au pied lorsqu’ils jugent avec partialité et publiquement, avant l’institution judiciaire.

 

« Ils ne m'ont pas sauvé la vie  »

 

Le livre d'Antoine Guélaud, paru en septembre 2009, est venu ajouter une couche d'ignominie au traitement de cette affaire. Lire notre compte rendu de lecture du scandaleux ouvrage "Ils ne m'ont pas sauvé la vie"

Par jugement en date du 21 octobre 2009, le tribunal de grande instance de Paris a condamné le directeur de la publication du magazine Marianne pour avoir publié un article intitulé « le procès d’un  gourou » contenant des diffamations à l’encontre de Gérard Guéniot qui avait été relaxé définitivement par la cour d’appel de Douai en février 2009.

 

Voir aussi l'Interview du Dr Guéniot par Jean-Luc Martin-Lagardette

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