Changement de Président de la République, changement de politique antisectes ?

Par le CICNS (mai 2012)  

François Hollande, nouveau Président de la République, s’est fait le chantre du « changement » pendant sa campagne, mais un domaine où l’on peut douter que se produise un changement positif significatif est la politique « antisectes ».

Historiquement, c’est la gauche, et notamment le PS, qui a instauré en France la phobie des sectes dans les années 1980 (voir notre historique de la lutte antisectes), c’est-à-dire la mise au ban d’une population significative déclarée dangereuse voire victime en raison de ses choix de vie alternatifs. Qu’à cela ne tienne, la droite, avec Georges Fenech à la tête de la MIVILUDES sous la présidence de Nicolas Sarkozy, a démontré qu’il fallait compter avec elle dans l’outrance.

Que la lutte antisectes menée par la MILS, puis par la MIVILUDES à partir de 2002, soit, dans le fond et la forme, l’antithèse des valeurs laïques et du respect des libertés fondamentales, n’émeut guère le personnel politique de gauche comme de droite, car le bénéfice de cet ostracisme à l’encontre de ces citoyens est inestimable. La référence aux sectes, « ennemi public » créé patiemment de toute pièce pendant trente ans, permet de fixer, par opposition, une idéologie normative dans le domaine spirituel, éducatif et thérapeutique. Trois domaines sacrés de ce qui est devenu la « religion républicaine ».

Nous avons interpellé tous les candidats à l’élection présidentielle 2012, les invitant à reconsidérer la politique antisectes courante et proposant notamment le remplacement de la MIVILUDES par un Observatoire indépendant et compétent. Aucun des candidats ne nous a répondu. Apparemment, le CCMM a également questionné les candidats et a reçu une réponse de Jean-Luc Mélenchon pour le Front de gauche, soutien de François Hollande au deuxième tour des élections : « Je vous remercie de votre courrier. Vous m’interpellez en tant que candidat du Front de Gauche sur notre position sur les manipulations mentales, notamment dans le cadre des sectes. Je tiens tout d’abord à vous dire mon entier soutien dans votre action salutaire de lutte contre ce fléau. Les associations comme la vôtre, qui mènent de tels combats, doivent être reconnues d’utilité publique et bénéficier de subventions leur permettant de remplir leur fonction. De même, la MIVILUDES doit également pouvoir mener son action dans de bonnes conditions. Elle pourra compter sur mon entier soutien et aura les moyens nécessaires à son activité. » (source). C’est probablement ce que le Front de gauche appelle « L’humain d’abord ».

Mais tout reste possible. Il reviendra à François Hollande et à son Premier Ministre de démontrer leur volonté de sortir d’une position antisectes primaire, celle de la gauche jusqu’à aujourd’hui, et d’associer à la réflexion urgente sur un changement de société les initiatives des minorités spirituelles, éducatives et thérapeutiques. La fin de l’ostracisme les accablant serait déjà un pas. 

 

 

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