Courrier du CICNS aux candidats à l'élection présidentielle de 2012

Objet : Courrier et questionnaire pour l'élaboration d'une déclaration d'engagement envers les minorités spirituelles, éducatives et thérapeutiques françaises. 

Monsieur ...., 

Vous êtes officiellement candidat à la présidence de la République Française. Vous avez donc engagé une réflexion sur les problèmes de la société française, ainsi que sur les solutions que vous pensez pouvoir leur apporter. 

Le CICNS est une association indépendante dont l'objet est d'équilibrer le débat sur la question des minorités spirituelles, éducatives et thérapeutiques. Vous êtes invité à consulter notre site pour de plus amples informations : www.cicns.net. 

Dans l'éventualité de votre élection, notre association, ainsi que les dizaines de milliers de personnes qu'elle représente, souhaitent connaître ce que vous envisagez pour ces minorités persécutées par amalgame depuis 30 ans au travers d'une lutte contre les « sectes », rebaptisée hypocritement « lutte contre les dérives sectaires » pour en atténuer artificiellement les débordements. 

Nous vous serions donc reconnaissants d'apporter vos propres réponses au questionnaire ci-joint ; elles constitueront votre « déclaration d'engagement » auprès de tous les électeurs engagés dans une démarche alternative spirituelle, éducative ou thérapeutique. Vous avez conscience que vos réponses (ou non réponses), bien qu'absentes des programmes politiques, sont essentielles pour bon nombre de Français à qui nous les transmettrons. 

Nous vous remercions pour l'attention que vous voudrez bien porter à ce courrier et vous prions d'agréer, Monsieur ...., l’expression de notre considération distinguée. 

La Porte-parole du CICNS

Introduction au questionnaire pour l'élaboration d'une déclaration d'engagement envers les minorités spirituelles, éducatives et thérapeutiques françaises 

La politique antisectes française est une anomalie[1]. Elle est à juste titre incomprise par nos voisins européens (à l’exception possible de la Belgique) et il serait indécent d’imaginer que les Etats correspondants porteraient moins d’attention qu’en France à la sécurité de leurs ressortissants s’ils couraient un réel danger. 

Après huit années d’exercice, la MIVILUDES, en charge de la politique antisectes française, n’a pu présenter aucune méthodologie crédible si ce n’est un usage sans retenue de la peur, du soupçon et du discrédit à l’encontre de plus de 500 000 citoyens (selon les chiffres de la mission) présentés avec beaucoup de mépris comme des « victimes ». L’infantilisation par l’administration de ces citoyens s’accompagne de propos irresponsables, dont le président actuel de la MIVILUDES n’est pas avare, par exemple sur le nombre d’enfants prétendument en danger (entre 50 000 et 80 000 selon les époques et l’humeur du moment). Le référentiel des 600 à 900 mouvements ou pratiques sectaires de la mission, véritable liste de « sectes » qui ne dit pas son nom, ne fait l’objet d’aucun contrôle, ne respecte pas le contradictoire, s’oppose à la circulaire Raffarin de 2005 et reste inaccessible aux mouvements concernés. Ces méthodes de travail détestables et non démocratiques rendent d’autant plus inacceptable le projet de loi actuel visant à conférer l’immunité aux membres de la MIVILUDES. 

Le parlement est, quant à lui, piloté sur ce sujet par une poignée de députés virulents dont l’un a été condamné pour diffamation à plusieurs reprises. Ces députés ne font aucun mystère de leur lutte contre les « sectes ». Une lutte contre les « dérives sectaires » n’aurait d’ailleurs aucune justification supplémentaire, puisque les critères correspondants sont applicables à n’importe quel groupe humain tout en réservant leur utilisation à ceux qualifiés arbitrairement de « sectaires ». Ils sont donc un outil idéal de discrimination. 

Aucune étude sérieuse n’a été fournie pour démontrer que la délinquance (à travers des décisions de justice, seul critère acceptable d’évaluation du trouble à l’ordre public) ou les conditions de vie au sein des groupes désignés comme « sectes » seraient pour la première plus importante et pour les secondes plus problématiques que dans le reste de la société. Après trente années de lutte acharnée et médiatisée, il est incompréhensible que de tels éléments factuels, s’ils avaient une quelconque réalité, ne soient pas mis à disposition du public. C’est le triste avantage de l’utilisation d'une psychose artificielle : la peur ne conduit pas à une attitude de questionnement rationnel ; et le matraquage d'un risque sectaire, avec la complaisance des médias, permet aujourd’hui à la MIVILUDES de mettre en avant un sondage où les sondés expriment, faut-il s’en étonner, leur peur des « sectes ». C’est une manipulation grossière perpétuée, car la politique victimaire est aujourd’hui payante. 

La question des « sectes » est donc devenue un véritable élément de pensée unique, soutenue par une propagande d’Etat dont tout contradictoire est écarté (la meilleure illustration en étant l’éviction des chercheurs en science des religions de toute réflexion au niveau des pouvoirs publics)[2]. Si l’on excepte la contribution plus nuancée du Bureau des Cultes au sein du Ministère de l’Intérieur (jusqu’à aujourd’hui tout du moins), la politique menée en France aboutit à retourner la population française contre une partie d’elle-même avec comme censeur principal la MIVILUDES. 

Le « consensus » à travers tout l’échiquier politique souvent mis en avant pour se gargariser des lois liberticides votées contre les minorités spirituelles, éducatives et thérapeutiques devrait au contraire être un signal d’alerte. Une société consensuelle sur la discrimination d’une de ses parties constituantes est en danger.  Elle subit alors ce que certains sociologues appellent le « monstre doux » pour désigner une lente dérive totalitaire. 

Le rapport numéraire pourrait cependant rapidement changer. Notre société en crise profonde est à la recherche de solutions et celles-ci ne seront pas toutes issues des idées dominantes. Des citoyens de plus en plus nombreux souhaitent expérimenter de nouveaux choix de vie et leur poids électoral pèsera tôt ou tard dans la balance. C’est un signe d’intelligence que de l’anticiper. 

L'action légitime de l'État en termes de prévention, de mise en application du droit pour faire respecter l'ordre public, ne peut en aucune manière justifier les campagnes de dénigrement dont les minorités spirituelles, éducatives et thérapeutiques sont l'objet.


 Questionnaire : 

1.      Reconnaissez-vous que l’appréhension par les pouvoirs publics des questions relatives aux minorités spirituelles, éducatives et thérapeutiques, est partielle et partiale et qu’en conséquence la politique de lutte contre les dérives sectaires menée ne respecte ni notre Constitution, ni la loi de 1905 ? 

Dans l’éventualité de votre élection : 

2.      Vous engagez-vous à restaurer un contexte sain pour comprendre le phénomène d’émergence de minorités spirituelles, éducatives et thérapeutiques, avec : 

a.       la réhabilitation des recherches universitaires et la prise en compte de leurs résultats dans l’action publique ? 

b.      la reconnaissance d'un paysage spirituel, éducatif et thérapeutique multiforme et non limité à quelques dogmes ou pratiques (fussent-ils scientifiques) reconnus ? 

c.       l’instauration d’une éthique verbale respectueuse à destination des minorités spirituelles, éducatives et thérapeutiques évitant les termes péjoratifs comme « secte », « gourou », etc. ? 

d.      la mise à l’écart de concepts pseudo-scientifiques comme la « manipulation mentale » l’« emprise mentale » et leurs dérivés : « perte de libre arbitre », « vice du consentement », appliqués à l’endroit desdites « sectes » (ces concepts devant être au mieux confinés aux instituts de recherche le cas échéant) ? 

e.       la suppression du diplôme universitaire de troisième cycle sur « l’emprise sectaire et processus de vulnérabilité », proposé à l’université Paris-Descartes  et coordonné par la MIVILUDES ?

3.      Vous engagez-vous à mettre en place une structure adéquate d’observation des minorités spirituelles, éducatives et thérapeutiques, en : 

a. finançant la création d'un observatoire indépendant et officiel des nouvelles pratiques spirituelles, éducatives et thérapeutiques qui serait un organe consultatif équilibré auprès des pouvoirs publics et des citoyens (il va de soi que nous ne considérons pas le « Groupe d'appui technique sur les pratiques non conventionnelles à visée thérapeutique » du Ministère de la santé mis en place à l’instigation de la MIVILUDES, comme un organe d’observation neutre et objectif) ?

b. prononçant la dissolution de la MIVILUDES et des structures s’inspirant de la politique de la MIVILUDES au Ministère de l’Intérieur comme la CAIMADES ?

4.      Vous engagez-vous à rééquilibrer l’action des associations antisectes, en :  

a.       cessant le financement d'associations antisectes qui constituent la seule source d'information des pouvoirs publics ou à fournir le même financement à des associations qui apportent un autre point de vue, comme le CICNS ? 

b.      mettant en œuvre une étude complète de la pratique de l’« exit counseling » (exfiltration d’un membre d’un groupe dit sectaire) pour en déterminer la licéité. 

5.      Vous engagez-vous à replacer les minorités spirituelles, éducatives et thérapeutiques dans le cadre du droit commun, en : 

a.       abrogeant la loi dite About-Picard, qui punit l’abus de faiblesse par « sujétion psychologique » (un synonyme de « manipulation mentale ») et cible les « sectes » (voir le titre de la loi) et est donc non conforme au droit commun, cette loi ayant été sévèrement évaluée par la Cour Européenne des Droits de l’Homme ? 

b.      en abrogeant la loi n° 2008-1187 du 14 novembre 2008 relative au statut des témoins devant les commissions d'enquête parlementaires (sur les sectes, puisque c’est pour ce contexte que la loi a été écrite), empêchant toute poursuite de propos diffamatoires lors de séances publiques ? 

c.       en abrogeant, si elle est votée, la loi donnant l’immunité aux membres de la MIVILUDES ? 

d.    en engageant une réflexion dépassionnée sur la loi de 1905 pour mettre en accord son application et son esprit et étudier les aménagements qui permettront aux minorités spirituelles, éducatives et thérapeutiques d'y trouver leur place ?


[1] Voir notre contribution à l'OSCE en 2009 : http://www.osce.org/fr/odihr/39124

 

 

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