Le procès de l'Ordre du Temple Solaire

À lire également : L'Ordre du Temple Solaire (OTS)


Communiqué de presse de Jean-Pierre Brard, 22 décembre 2006 

La lumière ne sera pas faite sur le massacre de l'Ordre du Temple Solaire 

La cour d'appel de Grenoble vient de relaxer le seul poursuivi dans le procès de l'Ordre du temple solaire, le chef d'orchestre franco-suisse, Michel Tabachnik. Le réquisitoire de l'avocat général, aussi irrésolu et imprécis qu'étrange, laissait augurer cette issue. 

L'avocat général reconnaissait pourtant que Michel Tabachnik, en alimentant d'écrits mortifères les victimes de la « tuerie-suicide » de 1995, «a participé à cet envoûtement facile et il n'était pas dupe».

Au lendemain de la sortie du rapport de la commission d'enquête parlementaire sur les sectes pointant notamment les négligences ou complaisances de certains services de l'Etat, il est regrettable que la manipulation mentale et les violences psychologiques soient encore trop souvent sous-estimées par la justice.

Quant aux circonstances du massacre du Vercors, elles ne sont pas davantage éclaircies à l'issue de ce procès. Les expertises effectuées sur les corps de l'épouse et de l'un des fils de l'ex-champion de ski Jean Vuarnet confirment la présence de doses élevées de phosphore et laissent donc supposer l'action de personnes extérieures au groupe des victimes. 

Comme le demandent les familles, il faut rouvrir l'enquête et désigner un nouveau juge d'instruction. Des moyens plus importants doivent être alloués aux investigateurs, notamment pour explorer les volets financiers et mafieux de l'OTS.

Cette décision de justice ne clôt pas le dossier OTS. Elle ne fait qu'alourdir le sentiment d'opacité et d'impunité qui règne dans cette affaire. 


31 octobre 2006

Aucune peine requise contre Michel Tabachnik

GRENOBLE (Reuters) - Le parquet général de Grenoble n'a requis aucune peine contre le chef d'orchestre franco-suisse Michel Tabachnik, jugé en appel dans le dossier visant la mort de 74 adeptes de la secte de l'Ordre du Temple solaire (OTS) entre 1994 et 1997.

L'avocat général a estimé que le prévenu n'était pas un membre actif de la secte et que sa responsabilité dans les décès n'était pas établie.

(…)

L'avocat du musicien, Me Francis Szpiner, dénonce une "accusation de délit d'opinion" et estime que les écrits théoriques de Michel Tabachnik, les "Archées", sont si hermétiques qu'ils ne peuvent à ses yeux avoir provoqué quoi que ce soit. Après sa plaidoirie, l'arrêt de la cour d'appel sera mis en délibéré.


OTS : Le responsable de l'enquête ne charge pas Michel Tabachnik

GRENOBLE - Un policier témoignant au procès de Michel Tabachnik a jugé que le chef d'orchestre franco-suisse ne pouvait pas être accusé de "véritable assassinat" dans le drame de l'Ordre du temple solaire (OTS). M. Tabachnik est jugé en appel pour la mort de 16 personnes en 1995 dans le Vercors.

Le commandant Gilbert Houvenaghel, de la police judiciaire, était appelé à témoigner au 3e jour du procès de M. Tabachnik. Ce dernier est jugé à Grenoble pour "association de malfaiteurs".

(...) "Michel Tabachnik n'est pas un mauvais bougre, mais c'était un convaincu, un type qui y croyait et qui, quand il a appris ce qui s'est passé, était dépassé par l'ampleur du massacre", a affirmé le responsable de l'enquête, selon lequel on ne peut toutefois pas accuser le chef d'orchestre de "véritable assassinat".

Selon lui, M. Tabachnik "a survécu au drame car il avait une mission secrète". Lorsque le ministère public lui a demandé de quelle "mission secrète" il s'agissait, le policier n'a pu donner de réponse.

L'avocat du prévenu, Me Francis Szpiner, est intervenu en ironisant: "Michel Tabachnik est coupable car il n'a pas été assassiné, la preuve de sa culpabilité, c'est qu'il est vivant".

Le directeur d'enquête a également rejeté les différentes théories qui tournent autour du drame, comme une intervention de la mafia ou de trafiquants d'armes.

Il a ajouté que les adeptes de l'OTS "étaient souvent des gens bien qui cherchaient un absolu dans une société qui va mal, qui s'entraidaient mais ignoraient les agissements secrets de leur chefs".

(ats / 26 octobre 2006 15:44)


Ordre du temple solaire : les larmes de Tabachnik

SERGE PUEYO.

Publié le 25 octobre 2006 - Actualisé le 25 octobre 2006 : 07h51

Le chef d'orchestre franco-suisse est jugé en appel à Grenoble. En 1995, seize adeptes de la secte avaient trouvé la mort dans le Vercors.

HIER, lorsque Michel Tabachnik, 61 ans, s'est présenté à la barre pour décliner son identité, sa date de naissance, l'homme s'est mis à pleurer, à sangloter. Depuis des années, il clame son innocence, affirme que cette affaire a brisé sa vie, sa carrière, qu'il n'est pour rien dans les massacres de la secte qui ont fait 74 morts au Québec, en Suisse et en France.

" En 1994, il y a eu un massacre en Suisse et la mère de mes enfants est morte. Je n'ai pas été incriminé par la justice qui a refermé le dossier par un non-lieu. Il y a onze ans, il y a eu l'affaire du Vercors avec de nouveau des morts, un juge d'instruction français m'a mis en examen. J'ai été relaxé, ça fait donc onze ans que je subis une pression médiatique et judiciaire pour des raisons infondées et foncièrement injustes ", a aussi clamé hier devant micros et caméras Michel Tabachnik.

En 2001, jugé pour sa " participation à une association de malfaiteurs en vue de la préparation d'un crime ", le chef d'orchestre avait bénéficié d'une relaxe au bénéfice du doute. Le parquet avait fait appel car le procureur avait requis cinq ans de prison contre le chef d'orchestre, lui reprochant d'avoir " par ses écrits ésotériques ", pousser les adeptes à un " transit vers Sirius ", c'est-à-dire à se suicider avec leurs proches dans une clairière de Saint-Pierre-de-Chérennes (Isère).

Vêtu d'un costume noir, d'une chemise bleu nuit, celui qui fut très proche des gourous de l'Ordre du temple solaire (OTS) a rejeté une nouvelle fois devant la cour d'appel tous les soupçons pesant contre lui. " J'ai juste fait une erreur dans toute cette aventure, c'est d'y avoir participé de façon idéaliste ", a reconnu Michel Tabachnik. En 1981, il devient le président de la fondation Golden Way, dont il fut à l'origine de la création avec Jo Di Mambro, futur gourou de l'OTS. " Ses statuts sont tout à fait honorables, il est question d'une fondation culturelle, d'organiser des conférences. L'objectif me semblait magnifique ", affirme Michel Tabachnik. Mais la Golden Way est en fait une organisation ésotérique au coeur de la nébuleuse OTS. Cinq de ses fondateurs trouveront la mort dans les massacres de la secte.

"On était tous très idéalistes"

En 1981, la fondation fait l'acquisition d'une ferme en Suisse au sein de laquelle vont vivre en communauté, au sein de " la Fraternité ", une trentaine de personnes, quasiment toutes décédées aujourd'hui dans les tueries de l'OTS. " Dans cette affaire il y a plein d'amalgame et de confusion, je n'ai jamais appartenu à la Fraternité ", remarque Michel Tabachnik. Le président lui fait remarquer qu'il a signé plusieurs documents pendant ses trois ans à la tête de la Golden Way. " Ce sont des papiers que me donnait la secrétaire, je signais sans faire attention à ce qu'il y avait dedans ", répond le prévenu.

Mais Michel Tabachnik doit encore s'expliquer sur sa participation, vêtu d'une cape blanche, à plusieurs cérémonies ésotériques au cours desquelles ont lieu des apparitions mystérieuses comme celle du Saint-Graal. " Ces apparitions, vous y avez cru ? ", lance le magistrat. " Oui, j'y ai cru. Il y avait une ferveur, . J'ai seulement appris que ces apparitions étaient des tricheries après les massacres de Suisse en 1994 ", affirme, la main sur le coeur, Michel Tabachnik.

http://www.lefigaro.fr/


Hécatombe à la secte

Le Monde, 15 août 2006 par Jean-Pierre Tenoux

[Texte intégral]

Le juge André Piller aime les journalistes. Au point de leur proposer, mercredi 5 octobre 1994, de se rendre par petits groupes à la ferme de la Rochette, à Cheiry, canton de Fribourg (Suisse), pour y faire "quelques images". Que la presse, qui part photographier les 23 corps sortis de la bâtisse incendiée et alignés sous des linceuls blancs dans le verger de la propriété, puisse brouiller au passage d'éventuelles traces ne l'émeut guère. Le magistrat, ce matin-là, en révélant au monde l'existence de l'Ordre du temple solaire (OTS), a d'emblée fait sienne la thèse du suicide collectif. Malgré les mains liées des victimes. Malgré les balles tirées sous d'improbables angles. Malgré les sacs plastique qui enveloppent les crânes et le dispositif de mise à feu de la maison, commandé à distance.

Quarante-huit heures plus tard, "pour ne pas choquer les croyants ni attirer les curieux", André Piller fera détruire le sanctuaire secret de la secte, creusé sous la demeure. A quoi bon s'encombrer d'un tel décor de carton-pâte puisqu'il n'y a pas de tueur venu de l'extérieur, donc pas d'empreintes à chercher ?

En laissant ainsi des pans entiers de l'affaire inexplorés, André Piller permettra à bien des fantasmes de prospérer. Certes, à 120 kilomètres plus au sud, ce même jour, Jean-Pascal Jacquemet, juge d'instruction du canton du Valais, optera pour un profil moins médiatique. Appelé aux Granges-sur-Salvan, où vingt-cinq autres cadavres ont été trouvés dans deux chalets brûlés, l'homme n'exploitera pourtant pas tous les éléments, comme le montreront plus tard des reporters en récupérant des pièces abandonnées sur place par les enquêteurs.

Ajoutées au manque de curiosité de la police canadienne après l'identification, toujours à la même date, de cinq autres corps de membres de l'OTS à Morin Heights, au nord de Montréal, ces carences ne seront jamais comblées. Quand Luc Fontaine, juge d'instruction à Grenoble (Isère), lance ses investigations après la découverte, le vendredi 22 décembre 1995, des dépouilles calcinées de seize autres adeptes dans la clairière du Trou de l'enfer, dans le Vercors, il le fait cette fois encore avec des moyens limités, sans être déchargé de ses autres dossiers, au grand dam des parties civiles.

Au final, avec le dernier "départ" de cinq membres de l'Ordre à Saint-Casimir (Québec), le samedi 22 mars 1997, 74 hommes, femmes, enfants ont trouvé la mort à l'occasion de ces "transits vers Sirius", du nom de l'étoile lointaine où leurs âmes étaient supposées commencer un nouveau cycle de vie. Les cadavres sont, la plupart du temps, revêtus d'une cape rituelle blanche, noire ou dorée, selon le degré d'initiation atteint. Auparavant, certains ont été tués à l'aide de calibres 22 long rifle, d'autres endormis après avoir pris des médicaments ou avoir subi une injection, prélude parfois à l'incendie de leurs cadavres. On ne saura jamais vraiment qui parmi eux était volontaire pour mettre fin à ses jours terrestres, quitte à se faire "assister", et qui a été assassiné. Sur des corps examinés dans le Vercors, les gendarmes ont relevé des traces de coups et de fractures. La preuve, pour leurs familles, d'ultimes tentatives de révolte.

Il faudra des mois pour démêler l'écheveau. A défaut de le comprendre. Car les deux gourous du groupe, Jo Di Mambro, 60 ans, ancien bijoutier dans le Gard reconverti dans le prêche apocalyptique, et Luc Jouret, 47 ans, le médecin homéopathe belge qui lui servait de recruteur, ont emporté leurs secrets dans la tombe, à Salvan, en 1994. Les enquêteurs devront se débrouiller avec le fatras laissé derrière eux. Côté ésotérique d'abord, avec un OTS bâti sur la légende des Templiers et de leurs avatars, mais dont la vocation première semble avoir été de faire de l'argent au profit de ses dirigeants. Cérémonies truquées suggérant aux adeptes l'apparition de leur grand maître, naissance d'un "enfant cosmique" supposé avoir été "conçu par théogamie" - autrement dit, sans rapport sexuel -, alors qu'il s'agissait de la fille de Jo Di Mambro et de sa maîtresse, rien n'a été épargné aux disciples crédules. Le mobile de la tuerie de Morin Heights se résumait d'ailleurs à éliminer un autre bébé que ses parents, en quittant la secte, avaient baptisé du même prénom, Emmanuel, que l'"enfant divin".

L'autre face de l'OTS, maintes fois évoquée, jamais mise en évidence par la justice, est faite de rumeurs : sommes d'argent considérables envoyées en Australie, liens avec l'ex-Service d'action civique, les services spéciaux, la Loge P2 italienne ou la mafia varoise, bien des pistes seront avancées. L'appartenance à l'OTS de deux policiers français, dont l'un, Jean-Pierre Lardanchet, a joué un rôle actif dans les tueries, posera aussi la question d'une infiltration ou d'une manipulation de l'Ordre. D'autant que Di Mambro, avant sa mort, a fait poster une lettre à Charles Pasqua, à l'époque ministre de l'intérieur, débutant par " Très cher Charlie". Chargé d'envoyer ce courrier, avec d'autres, après les drames de Cheiry et Salvan, en 1994, Patrick Vuarnet, qui appartenait à l'OTS, n'en a rien dit à son père, Jean, ancien champion olympique de ski. Il ne s'est confié qu'à sa mère, Edith, disciple comme lui de la secte, avec laquelle il mourra l'année suivante dans le Vercors. Quatre ans plus tard, l'enquête du juge Fontaine ne parviendra à cibler qu'un seul prévenu : Michel Tabachnik, 62 ans, dont l'ex-épouse a péri à Cheiry. Ce chef d'orchestre réputé, ami de Boulez et de Xenakis, est accusé d'être l'auteur des "Archées", textes initiatiques de l'OTS, d'avoir appartenu à sa hiérarchie et, surtout, d'avoir donné, samedi 24 septembre 1994 à Avignon, une conférence annonçant la fin programmée de l'Ordre, dix jours avant les "transits" en Suisse.

En avril 2001, il est finalement renvoyé devant le tribunal correctionnel de Grenoble pour "participation à une association de malfaiteurs". Mais les magistrats, incapables d'établir que ses écrits hermétiques s'inscrivaient dans une volonté homicide, prononcent sa relaxe.

Le parquet ayant contesté leur décision, Michel Tabachnik comparaîtra à nouveau, le 2 octobre 2006, devant la cour d'appel de Grenoble. Il est à craindre, plus de dix ans après les faits, que ce second procès n'apporte rien d'inédit.


Le procès en appel de Michel Tabachnik aura lieu à partir du 24 octobre

AP | 20.04.06 | 17:10 GRENOBLE (AP) -- Le procès en appel du chef d'orchestre franco-suisse Michel Tabachnik se déroulera du 24 octobre au 3 novembre 2006, devant la cour d'appel de Grenoble, a-t-on appris jeudi auprès du parquet général de Grenoble. Initialement programmées début octobre, les audiences ont été reculées à la demande du musicien, précisait-on de même source. Michel Tabachnik est poursuivi pour "participation à une association de malfaiteurs" après la mort de 13 adeptes de l'Ordre du temple solaire (OTS) et trois enfants, en décembre 1995, dans le massif du Vercors. Michel Tabachnik avait été relaxé en avril 2001, en première instance, par le tribunal correctionnel de Grenoble, à l'issue de trois semaines d'audience. Le parquet avait fait appel de cette décision. AP


Metro France, 17 février 2006, propos recueillis par Xavier Thouvenot/ metro lyon

[Texte intégral]

Dix ans après, Maurice Fusier a enquêté sur la secte du Temple solaire

Il y a dix ans, seize adeptes de la secte du Temple solaire trouvaient la mort dans le Vercors. L'enquête avait conclu à un suicide collectif. Au total, soixante-quatorze personnes sont mortes tragiquement en Suisse, au Canada et en France au nom de l'ordre du Temple solaire (OTS) entre octobre 1994 et mars 1997 . Alors que doit se tenir en octobre le procès en appel du chef d'orchestre Michel Tabachnik, suspecté d'être le numéro trois de l'OTS, Maurice Fusier, grand reporter à Radio France, relance le débat.

- Vous ne croyez pas à la thèse du suicide collectif, pourquoi ?

- J'apporte dans mon enquête un élément nouveau : un expert en carbonisation des corps gras, le professeur Gilbert Lavoué, a découvert que, même cinq ans après les drames du Vercors, il y avait de 30 à 40% de phosphore en trop sur le site, ce qui accrédite la thèse du lance-flammes ayant servi à détruire les corps. Il s'agit donc d'un crime. Mais comme cet expert n'a pas été mandaté par les tribunaux, la Justice rejette cet élément.

- Y a-t-il d'autres contradictions ?

- Quand on entend l'un des experts du juge d'instruction, Luc Fontaine, déclarer au procès de Michel Tabachnik à Grenoble en 2001 qu'il s'agissait de crimes ésotériques, et que, deux ans plus tard, il déclare à Nice Matin qu'on est face à un secret d'Etat, on peut se poser des questions.

- Que reprochez-vous à la thèse du suicide collectif ?

- L'OTS était présente au Canada, en Suisse. Pourquoi ces deux pays ont-ils rapidement classé l'affaire ? Pourquoi personne ne s'est intéressé au fait que deux policiers français sont morts dans le Vercors. Sur le volet financier, l'enquête ne dit rien. Où sont passés les 93 milliards de dollars américains (valeur 1994) qui ont disparu dans des banques australiennes ?

- Vous expliquez que l'OTS était plus qu'une secte, une société secrète servant des intérêts peu nobles. Pouvez-vous préciser ?

L'OTS était une secte, mais c'était aussi un réseau dormant, comme d'autres mouvements sectaires, et qui a mal tourné : blanchiment d'argent, trafic en tous genres, et d'abord trafic d'armes. L'OTS a servi des réseaux peu glorieux comme le SAC (ndlr : Service d'action civique, milice gaulliste). L'OTS comptait quelques 800 adeptes à travers le monde. Seuls 74 personnes sont mortes massacrées. Si on exclut les onze malheureux enfants ou adolescents qui ont accompagné leurs parents dans la mort, il reste 63 victimes qui ont toutes été comptables de l'OTS.


OTS: le mystère reste entier, pas le documentaire

3.7 millions de téléspectateurs ont vu cette émission

Jeudi 02 février 2006

Yves Boisset lésé par France 2 ? « Mon film a été amputé », regrette le réalisateur des Mystères sanglants de l’OTS, à 23 h sur la Deux. Son documentaire dénonce les « carences » de l’instruction menée sur les massacres de la secte de l’Ordre du temple solaire. Soixante-quatorze membres avaient péri entre 1994 et 1997. « Ce n’étaient pas des suicides, mais des assassinats auxquels des responsables de l’Etat ont été mêlés », avance-t-il.

Las, le service juridique de France 2 a refusé que les noms de « certains partis de droite », impliqués selon Boisset dans cette tragédie, soient cités. « Ces précautions valent pour tous nos documentaires, précise la chaîne. Plusieurs accusations n’étaient pas assez étayées. » Mêmes réserves pour le producteur Images et Compagnie : « Ce film comportait des interprétations. Mieux valait ne conserver que ce qui était prouvé. »

Alice Coffin

« Je le vois davantage comme un meurtre collectif. Je rejette formellement la thèse du suicide collectif décidé par tous - cette idée est du pur cinéma. » déclare Bernard Geiger, Commissaire de police, canton du Valais (Suisse), ayant participé à l'enquête sur la mort des membres du Temple Solaire. (Extrait du documentaire d'Yves Boisset : " Les mystères sanglants de l'OTS ", diffusé sur France 2 le 2 février 2006)


Les Mystères sanglants de l'OTS

France 2, 23 heures.

"Soixante-quatorze victimes, pas de coupables." C'est la conclusion laconique du documentaire réalisé par Yves Boisset, dix ans après la dramatique affaire de l'Organisation du temple solaire (OTS). D'emblée, le cinéaste nous replonge dans l'horreur de cette série de crimes, suicides et incendies, à l'aide d'extraits de journaux télévisés. Mais, rapidement, les images des corps carbonisés font place à l'enquête menée en France, en Suisse et au Canada. Il revient d'abord sur la genèse de l'OTS, en dressant le portrait de ses trois éminences grises : Jo di Membro, gourou, Luc Jouret, caution scientifique, et Jean-Michel Tabachnik, référent artistique. Boisset ne cesse ensuite de démontrer les failles et les manquements de l'enquête à l'aide des témoignages de policiers, journalistes, proches des victimes, témoins et avocats. Peu à peu, il donne corps à une thèse effrayante, les véritables bénéficiaires des délires aussi sectaires que lucratifs de l'OTS n'ont, eux, pas trouvé la mort mais sont passés à travers les mailles du système judiciaire.

Marianne Behar


Télévision

Les désordres du Temple solaire

par Bruno ICHER

QUOTIDIEN : jeudi 02 février 2006

FRANCE 2, 23 heures. "Les Mystères sanglants de l'OTS", d'Yves Boisset.

L'affaire est exceptionnelle mais fallait-il encore savoir la raconter. Comme un gigantesque polar truffé de rebondissements. Yves Boisset s'est attelé à l'enquête et à la narration de l'affaire de l'Ordre du temple solaire, mû par une fascination évidente, comme s'il écrivait un scénario délirant. Une secte, des réseaux mafieux, des trafics d'armes et de blanchiment d'argent, des enquêtes bâclées volontairement ou non, 74 morts retrouvés empoisonnés, tabassés, étouffés ou "suicidés" au Canada, en Suisse et en France et un témoin central, le chef d'orchestre Michel Tabachnik, unique membre important de la secte à avoir comparu (en correctionnelle) tout en continuant à défendre son statut de bouc émissaire.

Distances. Tout le mérite du documentaire, outre le fait de rendre clair le déroulement chronologique des événements (ce qui n'est pas rien), est d'avoir su prendre ses distances avec la connotation presque pittoresque qui accompagne les mascarades ésotériques de la secte, avec capes blanches et épées truquées qui lancent des éclairs. Du coup, le travail a été concentré sur les innombrables lacunes policières et judiciaires dont l'accumulation finit par donner au fait divers des allures d'affaire d'Etat. La méthode a un petit air "théorie du complot" sans jamais, pour autant, verser dans le farfelu ou le raccourci facile.

Impasse. En filigrane, une question revient donc toujours sur le tapis : concours de circonstances ou tentatives pour étouffer l'affaire ? Boisset privilégie bien évidemment de développer la seconde hypothèse, mettant bout à bout des coïncidences qui n'en sont peut-être pas. Jo Di Mambro, fondateur de l'OTS, était proche du SAC de Charles Pasqua. D'énormes sommes d'argent sur les comptes de Di Mambro ont été bloquées en Australie, où l'enquête a abouti, là aussi, à une curieuse impasse. Un document apparaît soudain, évoquant le versement de grosses sommes à des partis politiques de droite... D'incohérences en étranges négligences, Boisset remonte la pelote jusqu'à une autre "drôle" d'affaire : l'assassinat de Yann Piat, ex-députée du Front national, alors qu'elle s'intéressait à un projet immobilier mené par un gros bonnet de l'OTS. Au terme de cette étourdissante histoire, ni preuve irréfutable ni certitude absolue, Mais, et c'est finalement le plus troublant, le même constat qu'au début du film : "Soixante-quatorze victimes et pas de coupable."

http://www.liberation.fr/page.php?Article=356122


Le procès en appel du drame de l'Ordre du Temple solaire fixé au 2 octobre

AP | 17.01.06 | 12:33

GRENOBLE (AP) -- La chambre correctionnelle de la cour d'appel de Grenoble a fixé au 2 octobre le procès en appel du chef d'orchestre franco-suisse Michel Tabachnik, poursuivi après la mort de 13 adeptes de l'Ordre du Temple solaire (OTS) et trois enfants en décembre 1995 dans le Vercors, a-t-on appris mardi à l'audience.

Le procès en appel durera du 2 au 7 octobre, a précisé Jacques Buisson, président de la cour d'appel. Michel Tabachnik et ses conseils n'étaient pas présents mardi matin lors de cette audience de fixation.

Ce renvoi est le quatrième demandé par les parties civiles, qui invoquent un problème juridique: la mise en examen, à Paris, pour "violation du secret de l'instruction et du secret professionnel" de l'expert psychiatre Jean-Marie Abgrall, auteur du rapport sur l'endoctrinement des adeptes de l'OTS. Un dossier pour lequel l'expert n'a pas encore été jugé.

Initialement fixé au 22 septembre 2003, le procès en appel de Michel Tabachnik a été repoussé une première fois au 14 juin 2004, puis au 13 juin 2005, avant l'audience de fixation de ce mardi.

Michel Tabachnik, 62 ans, est la seule personne poursuivie après la mort de 13 adeptes de l'OTS et de trois enfants en décembre 1995 dans le massif du Vercors. Mis en examen pour "participation à une association de malfaiteurs", il a été relaxé au bénéfice du doute en avril 2001 par le tribunal correctionnel de Grenoble, mais le parquet avait fait appel de la décision. AP


Bras de fer entre la Deux et Yves Boisset

Un article du Parisien, 13/12/05

Le réalisateur Yves Boisset ("Dupont Lajoie" au cinéma, "l'Affaire Dreyfus", "l'Affaire Seznec", "Jean Moulin" pour la télévision...) vient de tourner un documentaire sur la mort de seize adeptes de l'Ordre du Temple Solaire, le 23 décembre 1995. Son enquête démontre "avec quasi-certitude", selon ses termes, que contrairement aux thèses officielles, ce drame ne serait en aucun cas un suicide collectif, mais un meurtre motivé par des "raisons politico-mafieuses".

Le document mettrait notamment en cause certains hommes politiques, cités nommément. Coproduit par France 2 et Lagardère Images, ce document devrait être diffusé "en tout début d'année", selon Patricia Boutinard-Rouelle, directrice des magazines et des documentaires de la chaîne. Mais d'après Yves Boisset, le service juridique de France Télévisions "exigerait" des coupes ainsi que le "gommage" de noms propres et le floutage d'images qui seraient "diffamatoires". La chaîne négocie actuellement avec le réalisateur.

 


Une interview de Michel Tabachnik : "J'ai été déclaré non coupable en première instance"

Le Parisien, 16 décembre 2005 par Azzeddine Ahmed-Chaouch

[Texte intégral]

- Il y a dix ans, 16 adeptes de l'Ordre du temple solaire (OTS) étaient retrouvés morts dans le Vercors. Beaucoup de familles de victimes vous considèrent comme l'un des cerveaux du mouvement. Dix ans après le drame, quel est votre sentiment ?

- Michel Tabachnik : Le 25 juin 2001, le tribunal correctionnel de Grenoble m'a déclaré non coupable. La justice m'a entendu, a enquêté et a étudié mes textes en détail. J'ai été mis en examen par le juge d'instruction à cause de " pressions médiatiques ", de son propre aveu. Mais aujourd'hui, force est de constater que rien n'a été retenu contre moi.

- En 1995, vous affirmiez ne pas être adepte de l'OTS. Aujourd'hui, vous ne niez plus avoir été membre ?

A l'époque, j'avais peur d'être associé au drame du Vercors et j'ai préféré tout nier en bloc. Ce mensonge m'a clairement desservi. J'ai en effet rejoint, officiellement, le mouvement dans les années 1980. Pour moi, l'OTS était une société de réflexion comme la franc-maçonnerie. Je participais peu car mon activité de chef d'orchestre me prenait beaucoup de temps. Il m'est arrivé de faire des conférences, j'étais en effet passionné de philosophie et d'ésotérisme. Concernant les textes que j'ai produits, je voudrais apporter une précision qui a son importance : certes, j'en ai écrit, mais bien avant de m'intéresser à l'OTS.

- Après le triple drame qui a fait 74 victimes, avez-vous pensé que la mort des adeptes pouvait être mise en relation avec les textes que vous avez écrits ?

- Je n'ai jamais appelé à la mort ou développé le concept de " transit " vers la planète Sirius. J'ai toujours aimé la vie, j'ai un tempérament très positif. Du jour au lendemain, on a voulu faire un lien entre les " suicides collectifs " et mes textes. Pis encore, on a voulu m'associer au drame du Vercors. Je ne connaissais aucune des personnes présentes ce jour-là. Je pense avoir été victime d'un acharnement.

- Quelles en ont été les conséquences ?

A l'époque, j'ai perdu tous mes contrats de chef d'orchestre. Je me retrouvais sans travail, c'était terrible. J'ai perdu dix ans de ma vie. Les médias sont les principaux fautifs. Certains ont même recherché ma culpabilité à tout prix. On évoque sans arrêt mon procès, mais on ne dit pas que j'ai été déclaré non coupable en première instance. Nous sommes doublement touchés : mes enfants ont perdu leur mère dans l'incendie à Cheiry, en Suisse.

- Aujourd'hui, quelle est votre vie ?

Ma reconnaissance professionnelle a fini par prendre le pas. Je retrouve progressivement ma place dans le métier. J'entame une tournée de concerts pour le mois de décembre avec un orchestre à Amsterdam. Mon fils a réussi, puisqu'il a obtenu un doctorat en physique à New York. Et, heureusement, pendant ces dix années d'enfer, mes vrais amis ne m'ont jamais lâché, ils ont toujours été là.

- Il reste le procès en appel, qui a déjà été reporté plusieurs fois. Si la décision du tribunal de Grenoble se confirme, tournerez-vous la page définitivement ?

Pour moi, tout est pratiquement terminé. Récemment, j'ai apporté ma contribution au réalisateur Yves Boisset pour un documentaire qu'il réalisera sur l'OTS. Ensuite, il sera temps de passer à autre chose. Pas question d'écrire un autre livre sur l'affaire, par exemple. Je vais me consacrer à ma famille et à ma passion : la musique.


Le procès en appel de l'affaire de l'Ordre du Temple solaire renvoyé pour la troisième fois

LE MONDE | 14.06.05 | 13h45 o Mis à jour le 14.06.05 | 13h45

GRENOBLE de notre envoyé spécial

L 'affaire de l'Ordre du Temple solaire (OTS) connaîtra-t-elle un jour son épilogue judiciaire ? Il est permis d'en douter après la décision de la cour d'appel de Grenoble, lundi 13 juin, de renvoyer le procès pour la troisième fois.

Seul prévenu dans ce dossier, le chef d'orchestre et compositeur franco-suisse Michel Tabachnik devra patienter quelques mois avant de connaître son sort. Considéré comme l'un des dirigeants de l'OTS, chargé de la rédaction des Archées, textes constituant les enseignements de la secte, il est poursuivi pour "association de malfaiteurs" .

L'accusation lui reproche d'avoir, par ses écrits, contribué indirectement à la mort de seize adeptes, en décembre 1995, dans une forêt du Vercors. Au terme de son procès en première instance, Michel Tabachnik avait été relaxé, le 25 juin 2001, mais le parquet avait fait appel du jugement.

"MANOEUVRES DILATOIRES"

Ce nouveau renvoi, réclamé par certaines familles de victimes, assistées de Me Alain Leclerc, a été justifié, comme les deux précédents, par la nécessité d'attendre les suites d'une affaire instruite à Paris. Jean-Marie Abgrall, spécialiste des sectes et principal expert dans l'affaire de l'OTS, a été mis en examen, en 1999 puis en 2002, pour "violation du secret de l'instruction et du secret professionnel" , après le dépôt d'une plainte avec constitution de partie civile... par Me Leclerc.

L'avocat, suivi sur ce point par Me Jean-Michel Pesenti, conseil de l'Union nationale des associations de défense de la famille et de l'individu (Unadfi), considère que le procès de M. Tabachnik ne peut pas se tenir tant que la justice ne se sera pas prononcée sur le dossier Abgrall : son éventuelle condamnation ayant pour conséquence, à ses yeux, de discréditer les expertises menées dans la présente affaire.

Cette position perd un peu de sa force quand on sait que Me Leclerc est en partie responsable des retards de l'instruction de l'affaire Abgrall. Appels, pourvois en cassation, il a utilisé tout l'arsenal du code de procédure pénale pour retarder le règlement de l'affaire.

"Manoeuvres dilatoires" , a dénoncé Bernard Azéma, l'avocat général, à l'audience de la cour d'appel. En réponse, Me Leclerc a promis de se plier au résultat de la dernière action qu'il a introduite devant la chambre de l'instruction, assurant que le procès de Grenoble pourrait se tenir avant la fin de l'année.

Mais les magistrats ont préféré, cette fois, ne pas donner de date pour le nouveau procès. Toutes les parties se retrouveront le 17 janvier 2006, pour une audience de fixation : un point sera fait sur l'avancement du dossier Abgrall et, sauf événement imprévu, M. Tabachnik saura quand il sera rejugé.

Acacio Pereira

http://www.lemonde.fr/web/article/0,1-0,36-661871,0.html


Sur le site d'Alain Vuarnet :

Afin de rechercher la vérité, les familles des victimes sont actuellement sur trois fronts

- l'audience en Cour d'appel de Grenoble qui a été renvoyée au 17 janvier 2006

- l'instruction parisienne en cours qui a mis en examen les deux experts du dossier grenoblois, MM. Chaumeil et Abgrall

- l'instruction en cours au Tribunal de grande instance de Vannes concernant la lettre du 21 avril 1997 (cf explication dans le titre )


Les familles des victimes de l'OTS veulent rouvrir l'instruction

Date: 23 mars 2004 à 00:22:35 CET

Sujet: Justice

PARIS (Reuters) - Les familles de membres de l'Ordre du Temple solaire (OTS) victimes d'un massacre dans le Vercors, en décembre 1995, ont versé trois nouveaux éléments à l'appui d'une demande de réouverture de l'instruction, dont un document montrant, si son authenticité est vérifiée, l'existence de relations entre la secte et des partis politiques.

Alain Vuarnet, René et Muguette Rostan, Willy et Giséla Schleimer et leur avocat, Me Alain Leclerc, qui contestent la thèse du suicide collectif retenue jusqu'ici par la justice, ont expliqué lundi leur démarche lors d'une conférence de presse.

Le premier document est la copie d'une lettre datée du 21 avril 1997 et adressée par un cabinet d'avocats à une banque, détaillant la répartition de 17 millions de francs (environ 2,5 millions d'euros) entre plusieurs personnalités et partis politiques, l'OTS et l'AMORC (Ancien et mystique ordre de la Rose-Croix), organisation soupçonnée de liens avec l'OTS.

Les parties civiles et leur avocat admettent n'avoir à ce jour aucune garantie que ce document, reçu par courrier anonyme, ne soit pas un faux mais demandent à la justice de s'en saisir.

"C'est un document tellement énorme qu'à la lecture il peut paraître peu vraisemblable", a reconnu Alain Vuarnet. "Nous demandons simplement à la justice qu'elle veuille bien contrôler l'authenticité de ce document."

"Si le document est vrai, il prouve que l'Ordre du Temple solaire était en activité après le dernier massacre du 22 mars 1997 (le "suicide collectif" de cinq adeptes au Canada) et que les responsables de cette organisation criminelle sont encore en vie", écrit Me Leclerc dans le complément de requête qu'il a adressé lundi au procureur de la République de Grenoble, pour la réouverture de l'information sur l'affaire du Vercors.

Le deuxième document est un procès verbal d'audition du dr. Jean-Marie Abgrall, spécialiste des sectes mis en examen pour violation du secret de l'instruction.

Il y affirme, comme il l'a fait dans des déclarations au Point ou à Nice-Matin, que l'Ordre rénové du temple (ORT), ancêtre de l'OTS, avait des relations avec le réseau Gladio, monté pendant la guerre froide par les services secrets américains pour lutter contre le communisme en Europe.

Jean-Marie Abgrall ferait aussi état de relations entre l'Amorc, dont il a lui-même fait partie quelque temps, et les réseaux français en Afrique, dits "réseaux Foccart".

LANCE-FLAMME AU PHOSPHORE

"C'est une vérité qui nous dépasse, qui va jusqu'au secret d'Etat", dit ce psychiatre dans une déclaration publiée le 15 février 2003 par Nice-Matin. "Je m'exprimerai un jour (...) Il y a trop d'enjeux, d'intérêts en jeu."

Jean-Marie Abgrall "révèle (...) que l'Ordre du Temple solaire, comme l'Amorc et l'ORT, étaient créés et contrôlées par des réseaux de services secrets français et étrangers", explique Me Leclerc - des informations, souligne l'avocat, dont le psychiatre n'avait pas fait bénéficier l'instruction.

Les parties civiles et leur avocat demandent que le dr Abgrall soit entendu sur ces déclarations par la justice.

Enfin, le troisième document est une "note blanche" des renseignements généraux sur le procès du chef d'orchestre Michel Tabachnik, poursuivi pour "participation à une association de malfaiteurs" dans le cadre de l'enquête sur ce massacre.

Ce rapport, qui multiplie les remarques visant à discréditer les parties civiles, a été transmis par son auteur le 28 mai 2001 au juge d'instruction Luc Fontaine, qui l'a lui-même fait parvenir pendant le délibéré au vice-président du tribunal de grande instance de Grenoble, Gérard Dubois, chargé de prononcer le jugement.

Me Leclerc dénonce une intervention "déloyale, irrégulière et illégale" visant à "influencer le magistrat".

"Ces éléments nouveaux sont de nature à conforter l'idée selon laquelle l'instruction de M. le juge Fontaine n'a pu être menée à bien afin de rechercher et d'identifier l'ensemble des auteurs des crimes commis par la nébuleuse OTS avec ses mobiles financiers", conclut l'avocat.

Les familles des victimes du massacre du Vercors reprochent à la justice de n'avoir pas pris en compte la piste du crime commis par des éléments extérieurs, confortée selon elles par des expertises réalisées sur les cadavres carbonisés.

"Nous avons retrouvé du phosphore. S'il y a du phosphore, cela veut dire qu'il y a eu utilisation d'un lance-flamme pour tuer ces personnes", a ainsi expliqué Alain Vuarnet. "Pour neuf cadavres sur 16, la carbonisation est allée jusqu'à la fusion des os, ce qui veut dire une chaleur d'au moins 1.600° C alors que dans une forêt, en plein hiver, avec de l'essence et du bois, on ne peut pas aller au-delà de 700° C."

C'est sur la base de ces rapports d'expertise et d'autres éléments que les parties civiles et leur avocat ont déposé le 21 octobre leur demande de réouverture de l'instruction.

lundi 22 mars 2004, 19h08


Ordre du temple solaire : Un procès en trompe-l'oeil

Article paru dans l'édition du 22 septembre 2003 de l'Humanité

Après les nouveaux éléments discréditant la thèse du suicide, le procès en appel de Michel Tabachnik, qui s'ouvre aujourd'hui, devrait être ajourné.

Le procès en appel de Michel Tabachnik, qui s'ouvre ce matin à Grenoble, se tiendra-t-il comme prévu ? Le sort du réputé chef d'orchestre, seul mis en examen dans le dossier de l'Ordre du temple solaire (OTS), risque d'être renvoyé à une date ultérieure. Deux experts intervenant dans le dossier sont mis en examen. S'ils étaient condamnés, le procès d'aujourd'hui serait ipso facto cassé. La cour d'appel courra-t-elle ce risque ? Soixante-quatorze personnes (dont onze mineurs) liées à cette secte apocalyptique avaient été retrouvées mortes dans trois pays : cinq victimes dans une maison incendiée au Canada, puis vingt-cinq cadavres dans une ferme et des chalets incendiés en Suisse, en 1994 ; seize corps à demi carbonisés en décembre 1995 en France, dans une clairière du Vercors ; enfin cinq autres victimes en 1997, au Canada. La justice canadienne a rendu des non-lieux pour les deux dossiers qui la concernent, estimant qu'il s'agit de suicides. Les juges helvétiques ont très vite épousé la thèse de la dérive mystique : les adeptes auraient organisé leur " transit vers l'étoile Sirius ". En France, le juge Fontaine avait refusé l'idée du suicide collectif. Deux personnages clés de la secte, Jo di Mambro et le docteur Jouret, figurant parmi les victimes, il avait renvoyé Michel Tabachnik devant le tribunal pour " participation à une association de malfaiteurs. avec des personnes aujourd'hui décédées, mais auteurs, coauteurs ou complices de crimes d'assassinats ".

Michel Tabachnik était-il l'éminence grise de l'OTS ? Il plaide la naïveté et parle de " chasse aux sorcières ", puisqu'on lui reproche des écrits ésotériques. Jugé en avril 2001, il avait été déclaré non coupable, au grand dam des familles des victimes, dont celle de l'ancien champion olympique de ski Jean Vuarnet, qui a perdu dans la tragédie, sa femme et un fils. Grand reporter à Radio France et auteur d'un livre précieux sur le procès Tabachnik (1), Maurice Fusier estime " monstrueuse " la thèse du suicide collectif. " Comment peut-on la soutenir alors que plusieurs victimes ont été retrouvées les mains attachées dans le dos, un sac en plastique sur la tête ? Et les enfants, ils se sont suicidés ? " Notre confrère constate que l'enquête, escamotée au Canada, bâclée en Suisse, a laissé de côté ses dimensions financière et barbouzarde : " Le juge Fontaine a lui aussi suivi la piste ésotérique, sans s'interroger sur les transferts de fonds opérés à Zurich ou en Australie. " Du blanchiment ? Pour qui ? Qui y avait-il au-dessus du " grand maître " di Mambro ? Que dire de ses liens avec le SAC, l'officine gaulliste dissoute après une autre tuerie à Auriol ? Comment interpréter la lettre testament que di Mambro a envoyée au ministre de l'Intérieur de l'époque, Charles Pasqua, qui débutait par " Très cher Charlie " ? Comment expliquer la présence de deux policiers parmi les victimes ? Comment interpréter les pressions exercées par les Renseignements généraux sur deux enquêteurs afin qu'ils modifient leurs déclarations ?

Pendant la guerre froide, les services secrets occidentaux ont utilisé des sectes (notamment templières) pour des opérations inavouables. Le mur de Berlin étant tombé, l'OTS avait-il toujours une raison d'être ? Le massacre des adeptes a eu lieu au moment où nombre d'entre eux découvraient les " trucages " mystiques de di Mambro et de nombreux détournements de fonds. " Quant à Tabachnik, note Maurice Fusier, il a constamment menti. Il a dit qu'il n'appartenait pas à l'OTS, qu'il ne connaissait pas di Mambro, alors qu'il le fréquentait depuis dix-sept ans et qu'il était ambassadeur de l'ordre. Il a gagné beaucoup d'argent avec l'OTS tout en restant passif. Il n'a rien d'une victime. " Que le procès Tabachnik soit ajourné ou pas, celui de l'OTS restera à faire.

Serge Garde

(1) Des Mots qui font des morts, Maurice Fusier, Éditions Pandora Publishing, 19 euros.

http://www.humanite.fr/journal/2003-09-22/2003-09-22-379304


Des membres de l'OTS assassinés au lance-flamme ?

19/09/2003 13h21

Associated Press (AP)

Le 23 décembre 1995, les corps carbonisés de 16 membres de l'Ordre du Temple solaire étaient découverts dans une forêt près de Saint Pierre de Cherennes, dans les Alpes françaises. Les cadavres étaient disposés de manière à former une étoile. Un an auparavant, 53 autres membres de la secte avaient été trouvés morts au Québec et en Suisse.

© AP

La famille Vuarnet, dont deux membres ont péri en 1995 dans le suicide collectif présumé de 16 adeptes de l'Ordre du temple solaire (OTS), entend relancer la piste de l'assassinat en produisant prochainement un rapport privé qui montrerait que les victimes ont été tuées au lance-flamme.

"Aujourd'hui, nous apportons à la justice la preuve irréfutable qu'on a affaire à un crime", a affirmé vendredi sur France-Info Alain Vuarnet en évoquant le drame du 23 décembre 1995 dans le massif du Vercors, dont sa mère et son frère ont été les victimes, près de la commune de Saint-Pierre-de-Chérennes (Isère).

Selon lui, les résultats des analyses effectuées sur les corps d'Edith et Patrick Vuarnet, exhumés en juillet dernier, "présentent un excès de 21 à 32% de phosphore et qui est d'origine exogène, c'est à dire qu'il est apporté de l'extérieur".

Le phosphore, qui ne peut être manié qu'à l'aide d'un lance-flamme "à jet directionnel, explique la non présence de chutes de bois autour du foyer, explique la non présence de grandes quantités de cendres et enfin explique la partielle carbonisation des corps", a poursuivi le fils du champion de ski Jean Vuarnet selon qui "la thèse du suicide ne tient pas."

À l'approche de l'ouverture lundi prochain du procès en appel de Michel Tabachnik, ce chef d'orchestre franco-suisse accusé d'"enseignement doctrinal qui aurait créé une dynamique d'homicide" dans l'affaire de l'OTS, Alain Vuarnet a affirmé que l'enquête était "bâclée", "inachevée" et a demandé qu'on l'achève "pour poser les vraies questions à Michel Tabachnik et peut-être à d'autres personnes".

Le vice-président du groupe d'étude sur les sectes de l'Assemblée nationale Jean-Pierre Brard a, lui, demandé le report du procès de M. Tabachnick, de façon à permettre à la justice de reprendre l'enquête. "Je pense qu'il faut rouvrir complètement le dossier", a-t-il dit sur France-Info, "qu'il faut reporter le procès de Michel Tabachnik et qu'il faut mettre les moyens en enquêteurs pour refaire toute l'instruction". Pour le député-maire communiste de Montreuil (Seine-Saint-Denis), "c'est clair, il n'y a pas eu suicide, mais assassinat".

Le procès en appel de M. Tabachnik doit se dérouler du 22 au 26 septembre prochain devant la cour d'appel de Grenoble. Il avait été relaxé le 25 juin 2001 par le tribunal correctionnel de Grenoble, à l'issue de trois semaines de procès. Le procureur de la République, qui avait requis cinq ans de prison, avait interjeté appel de cette relaxe.

(La page qui contenait ce texte a été retirée d'Internet.)

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