Points de vue d'enseignants sur la lutte antisectes et les dangers réels pour les mineurs

Le CICNS a reçu deux témoignages d'enseignants suite à nos commentaires (1 et 2) du dernier guide de la MIVILUDES : La protection des mineurs contre les dérives sectaires. Ces points de vue « de terrain » mettent clairement en perspective les besoins pour les mineurs aujourd'hui et l'absurdité dramatique de la lutte antisectes qui, en plus de ternir la réputation de milliers de personnes, détourne l'attention des réalités.

Témoignage de G. Statut professionnel : enseignante spécialisée. Le témoignage évoque l'expérience au niveau d'un réseau d'aides aux élèves en difficultés.

Une réflexion que j'ai envie de partager avec vous à propos du dernier guide de la MIVILUDES concernant les enfants. Elle est issue de mon expérience et celles de mes deux collègues du réseau d'aide dans la rencontre des parents et des enseignants sur plus de dix écoles publiques (le secteur se décalait souvent) de 1994 à 2009.

Ce que je décris est le fruit d'une observation attentive mais n'a certes pas valeur d'étude scientifique.

 Au-delà des irréductibles spécificités éducatives individuelles, nous en étions venus à considérer que les modèles éducatifs familiaux pourraient être classés en trois modes de fonctionnement, qui représenteraient sensiblement un tiers chacun (cette division étant fluctuante selon l'implantation géographique)

Le premier tiers de familles porte un modèle d'éducation précis, il y a une volonté éducative, une réflexion et une idée des moyens à employer pour le mettre en oeuvre (ce modèle peut être alternatif, mais aussi, parfois, un modèle de réussite sociale classique ou plus spécifique (famille de musiciens, de sportifs...). Souvent, ces familles, parce qu'elles ont des idées et les défendent, ont des frictions avec les enseignants. De notre côté, nous considérions que c'était des familles avec qui on pouvait travailler parce qu'on avait un interlocuteur qui avait sa cohérence.

Un autre tiers des familles poursuit, sans que ce soit délibéré, un modèle traditionnel aménagé par l'air du temps. On continue sur le modèle de l'éducation qu'on a reçue avec de petits aménagements. Ce sont souvent des familles chez qui les liens familiaux élargis sont actifs. Le milieu est souvent assez rassurant pour l'enfant (et les enseignants), on y rencontre parfois une certaine inertie.

Le troisième tiers (qui peut être seulement un quart ou un cinquième selon le lieu) est beaucoup plus préoccupant. Ce sont les familles perdues, où les personnes, qui ont pour elles-mêmes du mal à vivre, sont dépassées par l'engagement que demande l'éducation d'un enfant, où l'enfant est vécu comme quelque chose d'encombrant (ce qui ne remet pas en cause l'attachement affectif) et où, de fait, son accompagnement est incohérent et parfois insuffisant.
C'est ce dernier "tiers" qui est réellement préoccupant pour les enfants (et leurs parents) d'autant qu'il semble gagner du terrain.

Les familles des minorités spirituelles, celles que cible la MIVILUDES, appartiennent au premier tiers et, pour celles-là, en temps qu'acteur sur le terrain, il n'y a pas d'inquiétude. (C’est pourquoi je crois que le  « guide de la MIVILUDES » fera globalement un flop dans les milieux des travailleurs de l'enfance en difficulté mais il y aura bien quelques personnes (?) pour s'y accrocher et pour créer des situations porteuses de souffrances inutiles.)

Si les personnes de la MIVILUDES étaient réellement préoccupées d'aider les enfants potentiellement « en danger », elles devraient regarder en direction des enfants qui vivent réellement dans des conditions difficiles, et réfléchir à l'aide qu'on pourrait apporter, tout d'abord à leurs parents.

Témoignage de Catherine D. Statut professionnel : Principale de Collège

Sur l'ensemble des élèves, je n'ai jamais eu d' inquiétudes réalistes pour des élèves qui auraient été victimes d'un mouvement sectaire (professeur pendant 19 ans et principale pendant 14). Aussi loin que je cherche, je ne trouve rien.

Pour toute anecdote, je me souviens d'une famille qui a choisi, en cours de scolarité, d'enlever sa fille du collège, de lui faire suivre des cours à distance parce qu'elle était mal à l'aise dans sa classe. Ayant appris que la famille faisait partie d'une Église particulière, on s'est un peu inquiétés, mais ça n'avait aucun fondement, après quelques recherches. Dans le même temps, j'embauchais, avec le plus grand bonheur pédagogique, quelqu'une dont j'ai appris ensuite qu'elle faisait partie de cette même Église.

Je repense aussi à un autre exemple plus proche dans le temps, d'une famille « aux remarques et comportements particuliers » qui, de toute évidence, a des attaches dans un mouvement (non dit) mais dont je ne sais pas s'il tient d'un mouvement ésotérique ou d'extrême-droite.

Dans tous les cas, leurs enfants sont modelés par les croyances et pratiques familiales mais pas au point d'être en quelconque danger, modelés dans une certaine direction certes mais pas plus que les autres dans d'autres. Regardons le « formatage » des enfants à l'Éducation Nationale, déclaré plus sain : on oublie qu'on inflige pas mal de douleurs aux enfants par un non respect (langage, notes, discrimination sociale, etc.), Balayons devant notre porte.  

Par contre, ce qui est intéressant autour de cet exemple récent, ce sont les remarques de l'équipe administrative et vie scolaire du collège : c'est tout juste s'il ne fallait pas que je fasse une déclaration pour enfant en danger, parce que « quand même il doit faire partie d'une secte » et « vous vous rendez compte, les enfants, etc. ». Jusqu'à ce que l'on décortique ce que l'on savait, les rumeurs, les dangers réels, et ce qu'on nous racontait à la TV.

 

 

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