Sondages et micro-trottoirs pour mesurer et amplifier la phobie des « sectes »

Par le CICNS - janvier 2011

Tout observateur de la lutte antisectes française, attentif et de bonne foi, a compris que le sondage IPSOS commandé par la MIVILUDES pour étudier la position des Français vis-à-vis des « sectes » illustrait une équation fallacieuse, à savoir que l’expression subjective de la peur serait équivalente à la réalité objective du danger.

Si la forme statistique des résultats, sèche et lapidaire, parvient mal à restituer la réalité du vécu des Français interrogés, rien ne vaut un micro-trottoir pour la mettre en évidence. Cette démonstration a été faite, bien malgré lui, par un activiste antisectes improvisé, ne représentant aucune voix officielle en tant que telle mais déterminé à révéler chez ses interlocuteurs la peur des « sectes ». Certes, les trois interviews qu’il a rendues disponibles sur la toile n’ont aucune valeur statistique mais leur contenu confirme le constat que nous avons pu faire dans le cadre de notre travail d’information.

Un des passants interrogés cite… le Parti communiste, à titre d’exemple de « cancer de la société » que représenteraient les sectes, au grand dam de l'intervieweur qui avait probablement en tête les « vraies sectes », celles listées par la MIVILUDES et autres associations antisectes. Mais le passant n’en démord pas, le PC est bien une secte. Il concède à la fin de son discours : « À part ça, si : j’ai le frère d’une copine qui est depuis quarante ans dans la Scientologie ». Que deviendrait le thème des « sectes » si la Scientologie n’existait pas ?

Dans le deuxième exemple, l’homme interrogé reconnait honnêtement qu’il n’a pas « une connaissance bien grande des sectes, de leur nombre, de leurs buts, ni de leurs objectifs ». Il ne connait donc pas le sujet mais ajoute cependant (poussé dans ce sens par le questionnement du journaliste improvisé) : « Toute tentative d’assujettir les gens à une pensée unique sous l’obédience d’un gourou est tout à fait contestable et critiquable ». Certes, mais s’est-il demandé si le message de peur et les concepts antisectes véhiculés par la MIVILUDES à l’endroit des « sectes » ne constituerait pas une pensée unique ?

Dans le troisième exemple, la jeune fille interrogée déclare au sujet des sectes : « Moi, je trouve ça effrayant » et bredouille quelques lieux communs pour s’expliquer. Questionnée sur des liens possibles entre un membre de sa famille et une secte, qui viendraient étayer ses certitudes, elle ajoute qu’elle n’a pas d’exemple à donner.

Pour ces trois personnes, le danger lié à une secte pouvant les affecter personnellement n’existe pas. Elles ne connaissent pas les sectes. Elles ne connaissent que la peur des sectes. Si ces trois citoyens avaient été interrogés sur l’imminence d'une collision de la terre avec une météorite, ils auraient sans doute témoigné de leur peur devant une telle éventualité mais n’auraient pas osé conclure : « J’ai peur, donc ça existe ».  Dans notre société, ce genre de phobie est d’ailleurs médicalement traitée.

Mais la politique antisectes française a fabriqué de toute pièce une énorme population : 500 000 membres de « sectes » (selon la MIVILUDES) déclarées « victimes » contre leur gré. Ce qui rend la menace plus convaincante, plus proche, moins fantasmagorique en apparence.

Pourtant, le fléau n’est pas les « sectes » - un non problème s’il en est - mais bien la peur fabriquée autour des minorités spirituelles, thérapeutiques et éducatives. Il est d’ailleurs regrettable qu’à l’heure de l’Internet, une bonne partie du public ne cherche pas à croiser ses sources d’informations. Mais il est vrai que dépasser ses peurs et s’informer demande un effort bien plus conséquent que se laisser gaver par le flux tendu de l’information officielle. Cette apathie est exploitée à fond par la mouvance antisectes.  

 

 

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