Washington publie une liste noire des pays violant les libertés religieuses

09.11.2005 | 14h06

Le rapport cite aussi la Belgique, la France et l'Allemagne

Les Etats-Unis considèrent que huit pays ont gravement violé les libertés religieuses au cours de l'année 2005, a indiqué mardi la secrétaire d'Etat Condoleezza Rice, à l'occasion de la publication du 7e rapport annuel du département d'Etat sur ce thème. Sur cette liste noire figurent la Chine, l'Iran, la Birmanie, la Corée du Nord, le Vietnam, l'Erythrée, le Soudan et l'Arabie Saoudite, alliée des Etats-Unis.

Le département d'Etat délivre tous les ans sa liste noire des pays violant les libertés religieuses dans le monde, en se basant sur les recommandations d'une commission dont les membres sont nommés par le président George W. Bush et le Congrès. Le Pakistan, l'Ouzbékistan et le Turkménistan ne figurent pas sur la liste noire, en dépit de recommandations de la commission, selon ces responsables.

La commission avait estimé que les trois gouvernements avaient "montré ou toléré des violations particulièrement graves des libertés religieuses".

Le prédécesseur de Condoleezza Rice au département d'Etat, Colin Powell, avait ajouté à la liste, en septembre 2004, l'Erythrée, l'Arabie Saoudite et le Vietnam.

Les pays figurant sur la liste noire encourent des sanctions gouvernementales dans les 180 jours qui suivent sa publication. "Dans trop de pays, les gouvernements échouent encore à préserver les libertés religieuses", a encore déclaré Condoleezza Rice.

"A travers le monde, les gens sont encore persécutés et tués en raison de la pratique de leur religion ou simplement en raison de leurs croyances", a-t-elle dit, en présentant le 7e rapport annuel du département d'Etat. Ce rapport, qui donne une classification distincte de la "liste noire", couvre 197 pays ou territoires.

En haut sur l'échelle de gravité, la Birmanie, la Chine, la Corée du Nord et Cuba sont accusés d'avoir des "actions totalitaires ou autoritaires pour contrôler les croyances ou les pratiques religieuses". Le Vietnam a été retiré de cette énumération, en raison de progrès "significatifs" en la matière, mais figure sur une liste de sept pays montrant "une hostilité de l'Etat envers les religions minoritaires et non autorisées". Cette liste comprend aussi l'Arabie Saoudite, l'Iran, le Soudan, l'Ouzbékistan, l'Erythrée et le Laos.

Sur l'Arabie Saoudite, le département d'Etat persiste à dire que "la liberté religieuse n'existe pas" et que "les citoyens sont privés de la liberté de choisir ou de changer de religion". Le Pakistan est désigné parmi les pays ayant "une législation discriminatoire ou des politiques préjudiciables à certaines religions", en imposant "des éléments de la loi islamique à la fois aux musulmans et aux minorités religieuses".

Au côté du Pakistan, Israël, allié de Washington, n'échappe pas aux critiques. "Certains non-juifs, arabes musulmans et chrétiens, continuent de subir une discrimination dans les domaines de l'éducation, du logement et de l'emploi", souligne le département d'Etat.

Le rapport cite aussi des pays européens, la Belgique, la France et l'Allemagne, comme des pays "continuant d'utiliser une législation restrictive et des pratiques" visant des religions minoritaires identifiées comme des "cultes dangereux" ou des "sectes".


Religion : Le Vietnam s'oppose à une décision des Etats-Unis

"Nous nous opposons à la décision des États-Unis de continuer à classer le Vietnam dans la liste +des pays particulièrement préoccupants+ sur la liberté de culte", a déclaré le porte-parole du ministère des Affaires étrangères Lê Dung, en soulignant qu'il s'agit d'une "décision fausse ne reflétant pas de façon juste la situation de la liberté religieuse au Vietnam".

Ce propos a été lancé hier à Hanoi pour répondre à la question des journalistes vietnamiens et étrangers sur la réaction du Vietnam face à ladite décision. Le porte-parole a affirmé : "La politique conséquente du Vietnam est de respecter et protéger la liberté de religion et celle de non-religion des citoyens. La Constitution et les autres textes juridiques, en particulier l'Ordonnance sur les religions, ont stipulé d'une matière systématique les droits et les devoirs fondamentaux des citoyens pour favoriser les activités religieuses. L'État vietnamien s'occupe de développer les religions. Toutes les activités religieuses des pratiquants et des personnes titrées sont effectuées normalement". Le rapport sur la liberté de culte en 2005 rédigé par le Département d'État américain "a également reconnu les développements actifs au Vietnam", a martelé Lê Dung.

"Le Vietnam demande aux États-Unis d'avoir une vue réaliste pour donner les décisions justes et conformes aux principes régissant les relations bilatérales, ainsi que n'exerçant pas d'influence mauvaise sur les progrès positifs ces derniers temps dans les relations Vietnam - États-Unis", a-t-il conclu.

Mai Linh/CVN

( 10/11/05 )

http://lecourrier.vnagency.com.vn/

 


La France à nouveau visée

LEMONDE.FR | 08.11.05 | 21h26 o Mis à jour le 08.11.05 | 21h26

La France n'apparaît qu'à la fin du 7e rapport américain sur les libertés religieuses dans le monde, bien derrière des pays comme la Birmanie, la Chine ou Cuba accusés d'avoir des "actions totalitaires ou autoritaires pour contrôler les croyances ou les pratiques religieuses". Mais comme l'an dernier, le département d'Etat américain insiste sur les "inquiétudes" de certains groupes religieux à propos de deux lois : celle de 2001 contre les dérives sectaires, dite About-Picard, et celle de 2004 sur l'interdiction du port de signes religieux à l'école publique.

Si Washington souligne que la Constitution française "garantit la liberté de religion et [que] le gouvernement respecte généralement ce droit dans la pratique", il pointe une "politique établie de surveillance de l'activité des cultes potentiellement dangereux", avec la création en 2002 de la Mission interministérielle de vigilance et de lutte contre les dérives sectaires (Miviludes).

"AMÉLIORATIONS"

Le document souligne en particulier la condamnation, en juillet 2005, d'Arnaud Mussy, gourou de la secte apocalyptique Néo-Phare, à trois ans de prison avec sursis. La justice française s'était appuyée sur la loi About-Picard pour condamner le gourou, reconnu coupable d'avoir "abusé frauduleusement de l'état d'ignorance et de faiblesse de plusieurs personnes en état de sujétion physique et psychologique". Des membres de l'église de Scientologie, non considérée comme une secte aux Etats-Unis, ont fait état de cas de discrimination, de plaintes sans fondement et de poursuites pour activité prétendument frauduleuse, précise aussi le rapport.

La loi de 2004 interdisant le port de signes religieux à l'école est classée parmi les "restrictions à la liberté religieuse". "Certains dirigeants chrétiens, juifs, musulmans et sikhs, des organisations des droits de l'Homme et des gouvernements étrangers ont exprimé leurs inquiétudes à propos des risques de restriction de la liberté religieuse" que présente cette loi, note le rapport, qui cite aussi les chiffres du ministère de l'éducation, selon lesquels à la fin de l'année scolaire 2004-2005, 44 adolescentes musulmanes et trois élèves sikhs avaient été exclus de leurs établissements pour avoir porté le voile ou le turban.

"En dépit d'efforts significatifs du gouvernement pour combattre l'antisémitisme, les attentats et les incidents antisémites persistent", relève aussi le rapport. il note toutefois"des améliorations dans le respect de la liberté religieuse", soulignant que le nombre d'actes antisémites a diminué de 48 % en France durant les six premiers mois de 2005, par rapport à la même période de 2004.

Avec AFP

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