« Nathalie Gettliffe a commis beaucoup d'erreurs »

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8 janvier 2007

Journaliste français installé au Canada, Benoît Ferradini a suivi le procès de Nathalie Gettliffe pour Radio-Canada. Il explique pourquoi cette enseignante lyonnaise a été condamnée à seize mois de prison pour avoir enlevé ses enfants.

Pourquoi la justice canadienne a condamné aussi durement Nathalie Gettliffe ?

Benoît Ferradini : Parce qu'au Canada, qui est un pays très légaliste, Nathalie Gettliffe est considérée comme une criminelle. Et là-bas, une femme qui enlève ses enfants est ni plus ni moins qu'une hors-la-loi. Mais si Nathalie Gettliffe a été durement condamnée, c'est également parce qu'elle a commis beaucoup d'erreurs depuis qu'elle a été arrêtée. Des erreurs qui l'ont totalement décrédibilisée.

Quelles erreurs elle a commises ?

Les Canadiens ont trouvé stupide et arrogant qu'après avoir enlevé ses enfants, elle revienne tranquillement au Canada en pensant échapper à toute poursuite judiciaire. Ensuite, ils n'ont pas compris lorsqu'elle a annoncé qu'elle voulait se présenter à l'élection présidentielle en France pour échapper à toute condamnation ! Enfin, les Canadiens n'ont pas du tout apprécié le livre qu'elle a écrit avec son compagnon, Francis Gruzelle, et dans lequel ils racontent son histoire. Car ce livre présente le Canada comme un véritable enfer, où la justice est noyautée par une secte, où les prisons ressemblent à Guantanamo... D'ailleurs, cette campagne médiatique contre le Canada lui a fait beaucoup de tort.

Nathalie Gettliffe a menti ?

J'ai interviewé Nathalie Gettliffe plusieurs fois. Et au cours de ces entretiens, j'ai relevé certaines incohérences dans son témoignage. Exemple : une fois, elle m'a affirmé que son ex-mari Scott Grant couchait avec sa fille ! Alors qu'elle ne l'avait jamais dit aux policiers ! Et quand je lui ai demandé des précisions, elle n'a pas été claire. D'ailleurs, elle n'a jamais accusé clairement son mari d'inceste. Mais s'est contentée plutôt de faire des sous-entendus...

D'autres incohérences ?

En fait, c'est surtout son compagnon français Gruzelle qui a joué un rôle assez trouble. Notamment quand il a déclaré aux journalistes que Scott Grant battait ses enfants depuis qu'il en avait obtenu la garde au Canada. Il affirme même avoir un témoin ! Du coup, j'ai demandé des explications à Nathalie Gettliffe sur ces accusations. Et elle m'a avoué qu'elle n'était pas au courant de cette affaire !

Mais son mari était tout de même membre d'une secte !

C'est vrai que Scott Grant est membre de l'Eglise internationale du Christ. Et Nathalie Gettliffe dit la vérité à propos du contrôle de l'emploi du temps des adeptes, de leur vie familiale, de la présence imposée d'un guide spirituel, de l'éloignement des enfants pour que les parents se consacrent à l'étude de la Bible... Mais il faut également souligner que depuis 2003 cette secte a beaucoup évolué : ses dirigeants ont changé, et il paraît qu'il y a moins de recrutements agressifs. D'ailleurs, il y a de moins en moins de plaintes contre elle. Ce qui a permis d'ailleurs à Scott Grant de dire qu'elle n'était pas dangereuse pour ses enfants.

Mais en France, la justice est beaucoup plus méfiante vis-à-vis de cette secte !

Oui, mais au Canada, comme aux États-Unis d'ailleurs, on est beaucoup plus tolérant sur les appartenances religieuses. D'ailleurs, le problème n'est pas là. Car au fond, la secte n'a jamais vraiment été au centre du débat dans cette affaire. Cette question a été occultée, car les Canadiens se sont concentrés sur l'attitude de Nathalie Gettliffe, qui a été très critiquée.

Vous pensez que Nathalie Gettliffe a des remords aujourd'hui ?

Quand je l'ai rencontrée en septembre, elle m'a dit qu'elle ne regrettait rien. Même pas d'être revenue au Canada. D'ailleurs, quand je suis allée la voir en prison, je l'ai trouvée très détendue. Je ne sais pas si elle l'était vraiment ou si c'était une attitude qu'elle cherchait à se donner. On s'est vus dans un bureau, elle était libre avec son bébé. D'ailleurs j'ai trouvé que la prison faisait beaucoup d'efforts pour faciliter la communication entre elle et les journalistes.

Quelle a été son attitude au moment du verdict ?

Trois jours avant le verdict, elle a fait des excuses à son ex-mari et à ses enfants. Ça a été assez rapide, mais émouvant, car elle s'est mise à pleurer. Par contre, au moment du verdict, le lundi, elle n'a eu aucune réaction. Elle avait l'air absente, et on n'a pas réussi du tout à savoir ce qu'elle pensait.

http://www.lyonmag.com/spip.php?article9916

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