Communiqué de presse du Centre d'Information et de Conseil des Nouvelles Spiritualités (CICNS)

Quel est le véritable objectif de la nouvelle commission d'enquête sur les sectes ?

Montpezat de Quercy - 27/10/2006 - 15:40 (CICNS) - La nouvelle commission d'enquête sur les sectes " relative à l'influence des mouvements à caractère sectaire et aux conséquences de leurs pratiques sur la santé physique et mentale des mineurs " ne manque pas de soulever quelques interrogations.

La création de la commission repose sur les estimations les plus fantaisistes.

Le rapport Machelon nous rappelle que le dernier recensement officiel de l'appartenance religieuse des Français remonte à 1872. Pourtant, le 28 juin 2006, M. Georges Fenech estime " à près de 20 000 le nombre d'enfants présents dans des sectes, ce qui justifie que la représentation nationale s'en préoccupe " (rapport N° 3179 de l'Assemblée Nationale). M. Emannuel Jancovici, chargé de mission sur les dérives sectaires au Ministère de la Santé et des Solidarités et membre du Comité exécutif de pilotage opérationnel de la MIVILUDES, déclare quant à lui lors de son audition devant la commission le 12 juillet que " peut-être plus de 100 000 jeunes seraient concernés " (Le Monde, 17.07.06). A nouveau, M. Fenech " rappelle " à l'AFP le 6 septembre 2006 que " des estimations fixent entre 60 et 80.000 le nombre d'enfants concernés par le phénomène sectaire ".

En France, l'Observatoire national de l'action sociale décentralisée (ODAS) avait dénombré en France, en l'an 2000, quelques 83000 enfants en danger, parmi lesquels 18300 cas de mauvais traitements reconnus (violences physiques, abus sexuels, manque de soin ou de nourriture et violences psychologiques). Qui peut croire sérieusement que, six ans plus tard, ces enfants en danger, au nombre très fluctuant, seraient tous dans des prétendues " sectes " ? Et plus sérieusement encore, combien de mineurs vivant au sein d'un mouvement spirituel sont-ils réellement dans un état de santé physique et mentale justifiant la création de cette commission d'enquête ?

Les personnes auditionnées sont-elles sélectionnées pour appuyer la thèse du fléau social que représenteraient " les sectes " ?

Les chantres de l'anti-sectarisme se succèdent, dont Mme Chantal Lebatard, ancienne membre du conseil d'orientation de la MILS ; M. Daniel Grocolas, président du Centre de documentation, d'éducation contre les manipulations mentales (CCMM) ; M. Friedrich Griess, autrichien, vice-président de la FECRIS qui écrivait dans un ouvrage consacré aux sectes : " Les membres des sectes sont, à 80%, primitifs et stupides " ; M. Henri de Cordes, belge, président du CIAOSN, " le fer de lance belge de la lutte contre les sectes nuisibles " ; Mme Catherine Picard, présidente de l'UNADFI qui regroupe et coordonne les ADFI (Associations de défense des familles et de l'individu), associations financées presque exclusivement par l'Etat ; et M. Michel Gilbert, quitté par son ex-compagne qui fréquentait un centre de Raja Yoga. La liste des invités à ce déballage de haine ou de pensée unique est longue et sans ambiguïté. Ces auditions reflètent-elles le désir d'un travail d'enquête rigoureux et impartial ? Où sont les voix de ceux qui assument leurs choix de vie différents et en tirent des bénéfices quotidiens ? Où sont les sociologues dont le constat moins manichéen pourrait équilibrer l'écrasante présence des antisectes ? Où sont les personnes directement concernées par le sujet ?

Mme Claude Delpech, présidente de l'Association AFSI (Alerte Faux Souvenirs Induits) répond à M. Philippe Vuilque, député socialiste et rapporteur de la commission d'enquête, réclamant une victime capable de témoigner d'une manipulation subie par un thérapeute : " Monsieur le rapporteur, si j'avais une victime, je vous l'aurais amenée, parce que c'est ce que nous attendons tous, nous parents accusés… " M. Vuilque, surpris : " Excusez-moi mais aujourd'hui, vous n'avez pas de victime s'étant rendu compte de cette manipulation et pouvant témoigner ? " Mme Delpech : " Personne. (…) Mais si on avait quelqu'un, je vous assure que je vous l'aurais amené " (Audition à l'Assemblée Nationale, 5 septembre 2006).

La commission auditionne aussi quelques " experts " dont Mme Sonya Jougla, co-responsable pédagogique, avec son mari Jean-Pierre Jougla, vice-président de l'UNADFI, du Diplôme Universitaire de Victimologie liée à la nuisance sectaire à la Faculté de médecine de Lyon. Elle décrit ainsi l'enfant membre d'un mouvement spirituel : " Un petit être clôné et robotisé qui ne doit ni ne peut grandir, un être sans affect ni ressenti propre ". Une description générale alarmante en effet mais qui, en l'absence de démonstration sérieuse d'un tel problème, pourrait n'être fondée que sur l'intention de diffuser la peur.

Tous, à ce stade du développement de la commission, valident la thèse du fléau social défendue par les associations anti-sectes.

Viennent également les " apostats " que l'on compte sur les doigts d'une main mais qui sont omniprésents dans ce genre de débat et ont acquis une notoriété sur la base de dénonciations tous azimuts de leurs anciennes croyances. L'un d'entre eux, Mme Dominique Saint-Hilaire, membre du mouvement raëlien pendant 13 ans, déclarait en 2005 sur un forum antisecte au sujet de son procès contre Claude Vorilhon : " J'ai eu la grande chance d'être soutenue financièrement par l'ADFI en tant que victime d'une secte ".

Il n'existe aucune preuve de la réalité du fléau social, et la délinquance réelle de la très grande majorité des mouvements spirituels est insignifiante.

Les résultats de l'enquête sont déterminés d'avance : de nouvelles lois restrictives contre des pratiques néfastes. " La commission d'enquête aura pour objectif de mettre en exergue la dangerosité de certaines pratiques néfastes à la santé physique et mentale des enfants, ainsi qu'à leur épanouissement. Elle devra faire des propositions concrètes afin de lutter plus efficacement contre ces situations inacceptables. " (Philippe Vuilque, proposition de résolution N° 3107, Assemblée Nationale, 19 mai 2006)

" Notre commission a pour but de faire un état des lieux, savoir comment l'éducation, la santé, la moralité des enfants sont protégées.(…) Notre but est d'informer les pouvoirs publics et l'opinion en général et probablement de faire des propositions de réforme législative. " (Georges Fenech à l'AFP, le 6 septembre 2006). L'enquête n'est-elle que de la poudre aux yeux pour justifier des décisions prises plus secrètement ? L'instrumentalisation de la souffrance des enfants ne sert-elle pas cette campagne de destruction des minorités spirituelles qui avance comme un bulldozer depuis plus de 20 ans ?

Nous ne pouvons croire qu'aucun sociologue, juriste, historien des religions spécialistes de ces questions ni aucun des représentants des mouvements spirituels ne soient auditionnés par cette commission, de façon à respecter le contradictoire. Les minorités spirituelles n'ont à ce jour reçu qu'un questionnaire dont on ignore comment les réponses seront analysées. Devront-elles se contenter de cette seule possibilité d'expression auprès de la commission ? Dans une démocratie digne de ce nom, et bien que l'inspiration des droits de l'homme se dissipe déjà depuis longtemps dans notre pays, nous attendons plus de mesure et d'équilibre sur un sujet de cette importance pour des millions de personnes en France.

Contact : Service Presse du CICNS - Valérie Dole - 06 34 11 49 58 - Presse@cicns.net - http://www.cicns.net

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A lire également, un article de Jean Baubérot du 23 décembre 2006 : L'attristante bêtise d'une commission parlementaire.

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