Violente confrontation entre forces de l'ordre et manifestants à Toulouse autour de la loi Loppsi2 et d'une yourte en Ariège

CICNS - février 2011

 

Les faits 

Léa et Tom. C’est un couple qui vit dans une yourte installée sans permis de construire dans la commune d'Arrout, en Ariège. Malgré le soutien du maire du village et du propriétaire du terrain, la DDEA de l'Ariège a demandé la destruction de leur domicile. Ils étaient donc au tribunal de Toulouse le 17 février.  

 

Une manifestation, rassemblant environ 200 personnes, selon les intéressés, a été organisée devant la cour d'appel pour s’opposer à la loi Loppsi2 et soutenir le couple. Même Noël Mamère s’en est mêlé en dénonçant l'article 32ter [1]  de la loi Loppsi 2 qui  « fait la chasse aux pauvres » (Reportage).  

 

Suite à une interdiction qui leur a été faite de pénétrer dans le tribunal, une violente altercation, qualifiée de « charge de la police » par les manifestants, s’est produite vers 15h30, avec grenades lacrymogènes, empoignades, et un jet de canette [2]

 

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Le climat de tension actuel autour des choix de vie alternatifs est de plus en plus fort en France et les diverses positions semblent se durcir. Toutefois, personne ne sort indemne d'une explosion de violence et le moment est venu de traiter les problèmes de société avec sérénité et ouverture d'esprit, dans l'acceptation de nos différences. Le gouvernement, responsable du maintien de l'ordre public, est aussi le garant des libertés constitutionnelles du citoyen qui, en retour, doit pouvoir manifester sa volonté de manière pacifique et dans le respect de lois justes et équitables.  

 

Extrait du témoignage de Franck, un des manifestants : 

 

« (…) Tom et Léa sont deux jeunes gens décidés à vivre d'une façon moins conventionnelle. Après un accord avec le propriétaire d'une parcelle boisée située dans le Couserans en Ariège, ils ont décidé de bâtir une Yourte et de vivre plus près de la nature, et tentant de diminuer leur impact environnemental.  Bénéficiant du soutien de la commune et de son maire, entretenant la parcelle de terrain et consommant essentiellement les produits de leur potager, ils sont bien implantés socialement, travaillent, consomment local et même commencent à vendre les produits de certains producteurs locaux. En 2007 la DDEA, s'en mêle et décide de les assigner pour une question de permis de construire. Depuis, c'est la descente aux enfers pour ces deux jeunes qui vivaient leur rêve et qui essayaient de s'en sortir dignement. Aujourd'hui, menacés d'expulsion et alors que la situation en France se dégrade, ils comparaissent au tribunal d'appel après avoir été condamnés en première instance à la démolition de leur habitat. 

 

Ce jour du 17 février à 14 heures locale, des différents coins de la région, environ deux cents personnes se sont réunies pour soutenir Tom et Léa dans leur épreuve devant le tribunal. Femmes, enfants jeunes et moins jeunes se tiennent dignement dans une ambiance familiale devant les grilles du palais dont l'entrée est farouchement gardée par une quinzaine de policiers, déjà harnachés pour la guerre et aux ordres d’un officier des renseignements généraux, particulièrement agressif et odieux. Peu de slogans, une petite assemblée hétérogène, une association nationale (Droit au Logement) et un tipi bâti à la hâte décorent la petite place devant les grilles. Après la déception engendrée par le refus de laisser les personnes assister au procès, contrairement aux règles du droit français, (nous apprendrons un peu plus tard que cette ordre fut directement donné par le procureur de la République), la petite foule commence à patienter dans le calme. 

 

Environ une heure et demi après le début de l'audience et sans que rien ne le laisse présager, une charge, d'une violence inouïe avec lacrymogènes et fumigènes coups de matraque assénés avec haine, crée la panique dans les rangs de ceux qui se trouvent devant l'entrée. Femmes et enfants choqués voient les assaillants se défouler sur ceux qui n'ont pas eu le temps de reculer devant la soudaine attaque. 

 

Alors, je m'interroge. Au-delà des provocations policières destinées à décrédibiliser ce petit mouvement pacifique et débonnaire, quelle puissance peu bien représenter ce petit groupe de personnes et surtout, à quelle peur viennent-ils confronter ces représentants de l'État ? Car il faut vraiment que cette peur soit profonde pour générer une telle violence. La haine de la différence seule ne peut, en effet, expliquer ces comportements, dignes d'états non démocratiques ou, disons le mot, de dictatures. Oui, je suis triste de cette France qui, bien au-delà des clivages politiques, se comporte comme les voyous dont elle est censée nous protéger. Face à l'absurdité des actions menées par ceux qui possèdent aujourd'hui de plus en plus de pouvoir et la création d'un État de plus en plus policé, la chasse aux sorcières est vraiment proche. RG, police, Miviludes et bientôt, depuis la loi Loppsi2 création de sociétés privées de sécurité, nous ne sommes décidément pas loin de temps que nous croyions révolus. Franck  »



[1] Une pétition contre la loi Loppsi 2 est en cours de signature sur le net, déjà signée par près de 54 000 personnes. L'article 32ter de cette loi prévoit notamment que « lorsqu’une installation illicite en réunion sur un terrain appartenant à une personne publique ou privée en vue d’y établir des habitations comporte de graves risques pour la salubrité, la sécurité ou la tranquillité publiques, le représentant de l’État dans le département ou, à Paris, le préfet de police peut mettre les occupants en demeure de quitter les lieux.»

[2] 

Selon la police : Les incidents ont éclaté quand la police a voulu disloquer le cordon de manifestants afin de laisser passer les personnes autorisées à entrer « Ce monsieur, alcoolisé, voulait en découdre, affirme encore le responsable du service d'ordre à propos du prévenu. Il m'a insulté. Il m'a visé ! ». Selon une personne interpellée, tout en reconnaissant le jet de la canette : « J'ai voulu protéger ma copine… » Source

 

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