Commission d'enquête sénatoriale sur les sectes : audition de Jean-Pierre Jougla

Par le CICNS (février 2013)  

Vidéo de l’audition 

Avec l’audition de M Jean-Pierre Jougla du 6 novembre 2012, nous assistons à la présentation d'un discours idéologique qui serait consternant d'indigence en d'autres lieux mais qui, tenu au Sénat par un juriste et responsable universitaire, revêt de plus un caractère préoccupant.

Discours idéologique mais également discours paradoxal. Le message liberticide et, à bien des égards irrespectueux des opinions, des personnes, des groupements et parfois de la mémoire des défunts,  est à grand peine voilé par des tournures prétendant respecter, pour la pure forme, les libertés de croyance et thérapeutique.

Parole paradoxale, qui s'illustre de manière flagrante dans l'un de ses propos : «Personnellement, je n'ai pas à me prononcer sur la validité de ces pratiques illusoires.»

Malgré son air affable, M. Jougla s'attaque en fait directement aux textes qui encadrent la liberté thérapeutique [i] et la liberté religieuse[ii], mais de façon non explicite pour le profane.

Quel est son procédé ?

Un discours sans structure claire mêlant critiques non étayées à l'égard des méthodes de soins non issues de la médecine occidentale, le dénigrement, les accusions implicites et explicites reposant sur sa seule interprétation des faits, les techniques du « matraquage » publicitaire, le maniement de la peur voire de l'horreur, par des récits morbides dénués de lien direct avec le propos, et des propositions dont les plus virulentes se glissent discrètement dans le discours.

L'exposé est sous-tendu par ce qu'il désigne sous l'appellation « paradigme des Lumières ».

Il fait une association entre d'une part : Lumières/rationalité/science/libre-pensée-laïcité/démocratie/médecine occidentale et, d'autre part, obscurantisme/intuition/pensée religieuse/totalitarisme/méthodes de soins alternatives.

Nous retrouvons ici la vision manichéenne du Bien et du Mal.

D'autre part, l'ensemble de la question desdites « sectes » et de l'emprise repose sur une notion qu'il évite de questionner. Il décrit l'emprise comme une fatalité vis-à-vis de laquelle il faudrait protéger le citoyen par un arsenal de lois.

Des phénomènes de groupe ont été étudiés en psychosociologie et des possibilités de relations pathologiques existent au sein des familles et dans tout groupe. Il n'y a rien là qui serait spécifique aux regroupements de personnes sur des bases spirituelles ou thérapeutiques. Des personnalités fragiles se développant sur un besoin d'étayage ou de contrôle vivent et inscrivent leur problématique dans tous les domaines sociaux et familiaux. Il est absurde de vouloir cantonner des problématiques humaines aussi communes à un cadre spécifique.

Ignorer la compréhension psychologique de ces mécanismes pour décrire un phénomène absolument irrésistible dans lequel des personnes légalement et pénalement responsables déclineraient toute responsabilité, nous ramène à d'inquiétante croyances irrationnelles  (« Ce n'est pas ma faute, Monsieur le Juge, j'ai été envoûté ») et/ou infantiles (« Ce n'est pas ma faute, papa, maman, c'est lui qui m'a dit de le faire »). Un curieux paradoxe du côté des « Lumières »…

La référence aux « Lumières » est par ailleurs devenue une sorte de « tarte à la crème ».  Les uns s'appuyant sur certains points du paradigme pour défendre un rationalisme exclusif, une libre-pensée associée à un rejet du spirituel/religieux, les autres pour  avancer une pensée rationnelle curieuse des mystères du non encore découvert, une laïcité ouverte respectueuse des choix spirituels et religieux…

En suivant de plus près le déroulement du discours, l'enchainement de l'argumentation, on trouve  un florilège de jugements de valeur, forcément non étayés, un autre singulier paradoxe pour qui se réclame d'une méthodologie scientifique sans faille. On s'étonne également de l'aspect déstructuré d'un discours que M. Jougla a pourtant pris la peine de coucher par écrit au préalable. Cet aspect pourrait laisser penser qu'il s'agit moins de montrer et démontrer à partir d'un raisonnement logique, que de dire et redire, d'imprégner les auditeurs de poncifs, appliquant le principe selon lequel « répétition vaut démonstration ».

On peut par exemple observer précisément dans cette prestation de 62 minutes, l'utilisation des termes :

Méthodes thérapeutiques illusoires : 15 fois

Méthodes thérapeutiques pchit pchit : 1 fois

Méthodes thérapeutiques farfelues : 1 fois

Méthodes thérapeutiques déviantes : 1 fois

Méthodes médicales illusoires : 1 fois

Soit 19 termes disqualifiant les Pratiques non conventionnelles à visée thérapeutique en 62 minutes ou 1 terme dénigrant toutes les 3 minutes environ.

22 qualificatifs « sectaires » attribués à : groupe, dimension, emprise, forme, langage, réalité, phénomène… soit toutes les 2,8 minutes.

35 termes « sectes », soit une utilisation toutes les 1,7 minute.

Toutes les 50 secondes en moyenne est prononcé l'un des termes ou expressions : « méthode thérapeutique illusoire », « secte », « sectaire ». Il est clair que nous avons là une mise en œuvre d'une technique connue en publicité, appelée communément « matraquage », qui consiste à répéter le plus souvent possible un slogan simple.

Par ailleurs, on remarque que les deux longues parenthèses sur l'affaire mal élucidée du Temple Solaire, amenées artificiellement et quasi hors propos, couvrent 5 minutes 36 secondes sur 63 minutes de discours, soit près de 10 % du temps. On ne peut que songer à une utilisation délibérée d'un thème dramatique visant à créer le sentiment d'un danger sous-jacent. 

Phrases significatives du passage (minutes indiquées)

Commentaires

2' 08 à 4' 30

les diagnostics de nouvelles méthodes thérapeutiques sont fondés sur une approche non-rationnelle.

 

Développement sur le thème : ce qui n'est pas rationnel est forcément faux, ridicule.

4' 30 à 6' 23

Le Temple Solaire : ils attiraient les gens par le biais de questions de santé. Des personnes saines d'esprit avec des places sociales enviables se sont faites piégées.

 

 

Message sous-jacent : « attention, grand danger de l'irrationnel ».

L'exemple du Temple Solaire est amené par un lien ténu : un des responsables était homéopathe.

Cette affaire est mal élucidée et controversée.

Ce passage, ajouté au passage des minutes 51 à 54' 50, représente une durée  5' 36 sur l'OTS, soit près de 10 % du temps de l'exposé. 

6' 23 à 12' 07

Les méthodes de soins utilisées sont inopérantes, issues de pratiques anciennes.

Des personnes cultivées, y compris des médecins, y ont recours…

  

Et vous avez aujourd'hui encore, pas plus tard que le week-end dernier, une gourelle qui a rang de déesse au niveau mondial qui est venue à Toulon prendre dans ses bras des milliers de personnes comme elle le fait un peu partout en France et qui prétend guérir par l'étreinte les gens atteints de la lèpre. On est dans le soin de l'écrouelle, ce n'est pas autre chose…

 

 

L'opinion personnelle de M. Jougla, éventuellement partagée par ses interlocuteurs, se dispense d'étayage.

Départ d'un double jeu : « Je ne critique ni les médecins ni les utilisateurs, mais les méchants gourous ». 

 Selon le journal La république du Centre du 4/12/2004, le secrétaire général de la MIVILUDES aurait indiqué :  « Amma n'a jamais dit cela. Nous sommes dans une approche mystico-religieuse, mais le mouvement ne refuse pas les soins. Ce n'est pas un mouvement à dérive sectaire. »

Par ailleurs, on trouve parmi les œuvres d'Amma un hôpital qui utilise des méthodes médicales et chirurgicales classiques, un centre de soin holistique, ainsi que divers dispensaires médicaux.

12' 07 à 23' 30 les « causes » du succès

Critique de la médecine : vide laissé au niveau de la médecine préventive, de la médecine hygiénique, de la médecine pédagogique.

Manque d'humanité, d'écoute, d'empathie, plus de place.  

Trouver un outil qui donne du sens à sa vie.

Guérir par soi-même / médecine scientifique.

Pour « le besoin narcissique du patient », ce besoin d'être pris en charge globalement, le …besoin d'être au centre d'un processus, même parfois d'être simplement conforme à une mode. C'est pas grand-chose mais je crois que sur ce point-là, il y aurait des efforts à faire du côté du monde médical.  

J'introduis cette dimension de sentiment d'appartenir à une élite qui crée la cohésion autour d'un maître à penser, à travers une doctrine, donc chaque fois que vous aurez affaire à des gens qui sont embarqués dans cette croyance-là, vous n'aurez plus accès avec eux à la dimension de l'explication rationnelle scientifique, ils sont totalement fermés à cet aspect des choses, chaque méthode thérapeutique illusoire devient une vérité absolue fondée cette fois sur l'expérience individuelle et non plus sur l'expérience scientifique... 

« Ne va pas te faire soigner, ça sert à rien. Par contre, je te donne une adresse… » 

Intérêt financier, intérêt lié au pouvoir sur l'autre.  

Manière de désengorger le système de santé, de faire baisser les coûts. 

 

Reconnaissance par les mutuelles.

  

 

RISQUE : enfermement sectaire : un enfermement dans la théorie qu'il a faite sienne qui va lui interdire très rapidement toute perception objective du réel… 

 

« Explication » du terme « illusoire » associé aux nouvelles méthodes thérapeutiques : « Il y a des morts ».

 

 

Opposition médecines autres qui « attaquent » en dépréciant la médecine scientifique, en se prétendant supérieures.

 Inclusion de la dimension spirituelle, religieuse  (silence éloquent).

  

Je ne suis pas un chasseur de sectes, je suis avant tout un juriste, donc respectueux des libertés de chacun et des libertés fondamentales.

Les produits et les pratiques vendus par ces supports de pratiques thérapeutiques illusoires coûtent très cher et ils sont achetés à la place de médicaments éprouvés qui eux pourraient être remboursés.

  

 

  

Cette amorce d'exposé mimant une démarche d'étude apparaît comme un faux-semblant d'objectivité. 

Il élude ce qui pourrait être une direction de vraie interrogation : que devient l'être dans l'approche médicale scientifique ?

Qu'est-ce que la maladie ? Est-il seulement question d'un corps matériel qu'il faudrait réparer ?

Ces questions sont peut-être bien un peu plus que « pas grand-chose » et plus vastes qu'un « besoin narcissique ».

 

 

Il pousse les pions un peu plus loin : il y a maintenant (on ne sait pas pourquoi) équivalence entre « élitisme/doctrine/maitre à penser » d'une part et « vérité absolue fondée sur l'expérience individuelle » d'autre part.

Il est sous-entendu que les vertus de tolérance seraient l'apanage d'une pensée rationnelle dite « scientifique »  et qu'à l'opposé, s'appuyer sur l'expérience individuelle s'allie (curieusement)  avec « doctrine » et « maitre à penser »... Nous nous enlisons dans l'incohérence. 

Il y a là une large extrapolation, la grande majorité des utilisateurs de médecines différentes sont beaucoup plus prudents et  ont recours tant aux thérapeutiques classiques qu'alternatives.

En ne reconnaissant aucune valeur à priori aux approches médicales différentes, force est de leur trouver d'autres raisons d'être… Puisons donc dans les plus basses et les plus banales….

Ceci n'est un problème que parce que ces approches sont désignées en amont comme inopérantes ou nocives… Sinon, c'est une bonne nouvelle. 

Qu'est-ce que le réel ?

La science, qui s'est focalisée sur l'étude de la matière, nous parle-t-elle du réel ou seulement de l'état actuel de ses connaissances sur la structure et le fonctionnement de la matière ?

Il y a des morts aussi dans les services de soins de la médecine scientifique.

Où sont les études qui montreraient que l'utilisation de médecines complémentaires nuit ou améliore « les chances de survie », comme on dit dans le jargon médical ? 

 C'est un phénomène très classique que de se prétendre supérieur, dont aucun courant n'a l'exclusivité…  

Dans le fil du discours, cette inclusion est présentée comme dangereuse… et pourtant… Si c'était l'exclusion de toute dimension spirituelle et religieuse qui constituait un appauvrissement, un dessèchement de l'essentiel de l'être humain?

 On est tenté d'entendre ici une dénégation, au sens freudien du terme.   

Ce n'est pas parce qu'un médicament est financé par la collectivité qu'il est peu coûteux :

Coûts par patiente :
Le coût de la chimiothérapie adjuvante est estimé à 22 742 F (3 467 €) par patiente et le coût d’une année de traitement d’une patiente présentant un cancer du sein métastasé est de 76 457 F (11 655 €).]
   

23' 30 – 26'

Je n'ai pas d'autres exemples que celui d'un procès que j'ai suivi dont Mme Picard vous a parlé quand elle a été entendue par votre commission, celui d'un jeune enfant mort de dénutrition alors que l'on ne pouvait raisonnablement pas dire que les parents avaient voulu la mort de l'enfant. Il faut savoir que ces parents-là étaient adeptes d'une méthode pas sectaire en soi, qui va pas très loin, pas sectaire en soi, autour de laquelle ils avaient constitué un groupe vraiment de nature sectaire en tant qu'enseignants, dirigeants d'une école qui enseignait cette méthode.

 

   

C'est très fréquent que je rencontre des gens du corps médical qui soient totalement aveuglés par la force de conviction d'une personne qui est sous l'emprise de théories thérapeutiques illusoires.

 

 

ll est remarquable que M. Jougla déclare ne pas avoir, fin 2012, à présenter d'autre exemple que  la douloureuse histoire de l'enfant décédé en 2008 dans une famille végétalienne, pour illustrer un supposé enfermement sectaire.

Aucun média ne rapporte par ailleurs l'existence d'un groupe constitué autour des parents de l'enfant.

France Soir relate : « L'autopsie a démontré que Louise n'a pas résisté à une bronchite mal soignée alors qu'elle était affaiblie par des carences en vitamines, sans doute liées au régime végétalien des parents. »

 

Il nous est présenté ici un cas de déni (réel ou pointé comme tel), c'est-à-dire un  mécanisme de défense de certaines personnalités (considérées comme borderline, voire psychotiques), qui n'a pas de relation avec le contexte dans lequel il prend place.

Il est tristement probable que l'exploitation de cet exemple dramatique  n'ait ici d'autre dessein que de susciter la peur.  

26'  27' 12

Cette jeune femme qui était kinésithérapeute atteinte d'un cancer et qui n'a été soignée que par une méthode qui était la méthode Dévi, c'est-à-dire faire de l'imposition des mains et de la prière collective. Elle était kinésithérapeute, son frère était médecin, elle a réussi à convaincre tout le monde qu'elle était dans un processus de guérison grâce à la méthode qu'elle suivait. Elle est morte assez rapidement dans des souffrances démentielles parce que jusqu'au bout, elle n'a pas voulu se faire soigner là où des spécialistes du cancer pouvaient la prendre en charge. Cette sincérité, je l'ai toujours rencontrée et je n'ai jamais pu arriver à convaincre des gens qui étaient embarqués dans ces pratiques-là de prendre de la distance et de voir les choses en face.

 

 

 

Présentation d'un nouvel exemple assimilé au précédent et pourtant fort différent : celui d'un choix de soin assumé jusqu'au bout et respecté par les proches.

M. Jougla pose un jugement de déni de réalité, alors que la personne a vécu une expérience différente qui entre dans le cadre de la liberté thérapeutique et qui n'est pas à remettre en cause.

Le jugement porté par M. Jougla lui appartient, pourrait être respectable en tant qu'opinion personnelle, mais n'a pas vocation à faire force de vérité ni de loi.

Il n'est pas envisagé qu'il puisse exister un vécu différent de ce que l'on nomme maladie, que certaines personnes  traversent  par exemple  cette expérience comme une aventure de la conscience dont l'issue en terme de survie n'est pas le critère déterminant et que ce vécu est totalement respectable. 

27' 15 à 29' 30

je crois surtout, parce que je suis profondément républicains et démocrate, que la seule réponse, c'est l'information, la formation, on n'a pas d'autre réponse.

 

 

  

Personnellement, je n'ai pas à me prononcer sur la validité de ces pratiques illusoires (…), bien que l’appellation que je leur donne déjà donne ma position.  

Si je n'ai pas à me prononcer personnellement sur la validité de ces méthodes – de quel droit, si ce n'est du droit du bon sens – je pense que du côté des structures scientifiques, à condition qu’on leur en donne les moyens, beaucoup de choses pourraient être faites, non seulement au niveau français mais au niveau européen.

 

Nous arrivons au cœur du discours paradoxal. Que faut-il entendre ? Parce que je suis républicain et démocrate, je ne veux pas de loi coercitive  (ici, car on verra les suggestions dans ce sens surgir un peu plus loin) pour lutter contre ce que j'ai jugé, selon mon opinion, comme non valable et dangereux ? Je me contenterai (pour le moment) de formation et d'information afin de promouvoir ma vérité scientiste à l'ensemble de la société…

  

C'est une perle assumée du discours paradoxal qui, dit-on, signe l'intention de manipulation. 

  

En clair, je n'ai pas tout à fait le droit de le dire mais « j'ai raison, nous avons raison » et il s'agit de réfléchir aux moyens d'imposer notre vérité.

   

29' 30 à 32'

Il existe un LOBBYING DES GROUPES SECTAIRES

Scientologie au Conseil de l'Europe.

J'ai donc déposé un mémoire pour défendre la position de la FECRIS, j'avais un délai, ce mémoire n'est jamais arrivé chez le destinataire (…). Ce mémoire n'est jamais arrivé. Comme j'avais la preuve de l'envoi, on m'a donné un nouveau délai pour le redéposer. Je ne peux accuser personne.

 

 

 

 

La Scientologie est reconnue comme religion un peu partout dans le monde. Sa représentation s'explique à ce titre au Conseil de l'Europe.

http://www.scientologie-europe.fr/

Elle a acquis un statut religieux aux Etats-Unis, au Canada, Brésil, Portugal, Népal, Japon, en Espagne, Italie, Afrique du Sud, Autriche, Hongrie, Slovénie, Croatie, Inde, Australie… un statut associatif  au Royaume-Uni.

Elle est considérée comme « secte » en France, Allemagne et Belgique. 

Anecdote qui est un non évènement mais laisse planer une suspicion et le place en position de victime potentielle.

32' à 39' revient sur les CAUSES DE LA MONTEE DESDITES « méthodes thérapeutiques illusoires » 

Le besoin de donner sa confiance aveuglément à celui qui se présente comme le détenteur d'un savoir exclusif et élitiste.

 

 

 

 

 … si on accepte comme début de définition - je sais bien que tout le monde vous dira qu'il n'y a pas de définition juridique de ce qu'est une secte- la définition qui est donnée par l'article 223 15 2 du code pénal c'est-à-dire par la loi About-Picard qui décrit l'adepte comme « une personne en état de sujétion psychologique ou physique », vous avez là, déjà, un petit morceau de cette définition.  Et je vous lis ce que peut devenir la définition à partir de l'article 223  « la secte est un mouvement portant atteinte aux droits de l'homme et aux libertés fondamentales », ça, ce n'est pas dans l'article du code pénal, mais c'est le titre de la loi, donc,  mouvement qui abuse de l'état d'ignorance ou de faiblesse d'une personne en état de sujétion psychologique ou physique. Vous avez la description de l'adepte : « état de sujétion crée maintenu ou exploité résultant de l'exercice de pressions graves ou réitérées ou de techniques propres à altérer son jugement ».  Il s'agit là de la pratique des sectes. Et vous avez une réponse à la question que vous vous posiez : "qu'est-ce que c'est qu'une secte ?" Surtout une secte en matière de santé : c'est un groupe qui porte atteinte à la liberté par le biais d'une mise en place d'une sujétion aux moyen de pressions graves et réitérées, ou de techniques propres à altérer le jugement de la personne qui est dans cet état de sujétion.

 

 …ce que la MIVILUDES appelle les dérives sectaires. Personnellement, je trouve que cette terminologie est dangereuse parce qu'elle sous-entend qu'il y a des sectes qui ne dérivent pas, et toute secte est une dérive, une dérive par rapport à quoi, ne serait-ce que par rapport à un fonctionnement démocratique.

 

 

 

  

M. Jougla revient sur ces assertions non argumentées : nous voici avec une assimilation des méthodes de soin différentes à une démarche qui serait fondée sur un « besoin de donner aveuglément sa confiance ». Or, c'est parce que M. Jougla fait le choix de ne reconnaitre comme seul critère de validité que la preuve scientifique, qu'il lit un « don de confiance aveugle » et qu'il perçoit « un détenteur d'un savoir exclusif et élitiste » (pour faire bonne mesure) là où des personnes vivent l'expression d'un choix en leur « âme et conscience ». 

Nous approchons de l'équation : « méthodes thérapeutiques autres »  équivaut à « secte ». 

Ce qui lui permet de développer sa définition de la « secte » et de proposer, sans le dire de manière explicite, le texte d'une possible définition juridique du terme « secte ».

 

 

 

 

 

 

 

 

  

 

Par quel tour de passe-passe peut-on faire croire que tout groupe humain fonctionnant sur d'autres bases managériales  que la démocratie doit être qualifié de « secte » ? La quasi-totalité des entreprises grandes ou petites, les sociétés,  les religions traditionnelles, les services administratifs n'ont pas un mode de fonctionnement interne démocratique…

Au sujet de la question du fonctionnement démocratique et des religions, on lira avec intérêt un autre son de cloche dans la réflexion d'Yves Ledure, professeur émérite à l'université Paul Verlaine de Metz : Religion et démocratie 

39' 10--- 51' 10

Les CONSPIRATEURS DU VERSEAU en référence à l'ouvrage de Marilyn Ferguson, « Les Enfants du Verseau » (The Aquarian Conspiracy)

Pour éviter d'être taxé de conspirationniste ou de céder sans preuve à la théorie du complot, je vais m'appuyer sur (…) des écrits de Marilyn Ferguson (…), « La Conspiration du Verseau » traduite en français de façon édulcorée « Les Enfants du Verseau »,  comme si ça pouvait choquer qu'il y ait des conspirateurs de cette théorie-là. Donc, elle décrivait ce qu'elle percevait comme l'émergence New Age d'un paradigme culturel global dans lequel l'humanité parviendrait à réaliser une part importante de son potentiel physique, psychique ou spirituel.

(…) Abandonnons le raisonnement,  l'utilisation des sources nouvellement accessibles, les potentialités qu'offrent les psychotechniques et l'intérêt porté à l'intuition, aux rapports humains, et à l'écoute intérieure. C'est le programme que posait Ferguson dans les années 80,   réalisé sur toute la côte ouest des Etats-Unis, dont on a vu des traces dans les années 60 avec le mouvement hippy et qui, aujourd'hui, est en train, petit à petit, sans en avoir l'air, de gagner toutes les consciences. 

 (…) C'est en me basant sur la notion centrale de changement de paradigme développée par Ferguson  que j'analyse les progrès de la délaïcisation des soins, retour en force de la médecine archaïque. Pour reprendre, le retour de l'archaïque, il faut d'abord souligner que les mots utilisés pour parler de la santé et des sectes sont significatifs en eux-mêmes et, à notre insu, le paradigme New Age pénètre nos propres conceptions et il faut y voir d'abord et avant tout l'expression du néo-langage sectaire de combat (…). 

41'Parenthèse sur le NOMBRE D'ENFANTS DANS LES SECTES :

Si on estime que les Témoins de Jéhovah appartiennent à un groupe sectaire, si on prend pour argent comptant le nombre de membres qu'ils revendiquent 250 000 à peu près bon an mal an, si on considère qu'il s'agit de 250 000 adultes, si on considère qu'il y a un homme et une femme on arrive à 125 000 et si on considère que chacun a un enfant, on explose déjà le nombre d'enfants dont M. Vuilque vous parlait dans le rapport de la commission qu'il avait présidé, et il n'y pas que les Témoins de Jéhovah. Les associations qui travaillent sur le terrain pensent, estiment à 700 ou 800 000 adeptes, je pense qu'elles sont largement en-dessous de la réalité. C'est juste une parenthèse que je faisais par rapport à la question que vous aviez posée à M. Vuilque. 

46' parenthèse :   négationnistes de la pensée sectaire

J'appelle les théoriciens négationnistes de la réalité sectaire ceux qui très certainement n'ont pas manqué d'écrire à votre commission pour dire qu'il y avait des gens qui portaient atteinte aux libertés fondamentales. C'est pas nouveau, c'est fréquent (échange de sourires).

 

Malgré cette nouvelle dénégation, il s'agit bien d'une lecture de cet ouvrage en termes de conspiration, de théorie du complot.

Il n'y a pas dans son esprit de possibilité d'ouverture ni pour lui ni, ce qui est plus dommageable dans les fonctions qui lui sont attribuées, pour les autres mais bien une guerre de valeurs, un conflit de paradigme derrière lequel se profile un combat dont l'un doit sortir vainqueur et l'autre vaincu.

 

  

On peut entendre les effets d'une peur, le sentiment d'être déstabilisé dans ses conceptions rationalistes.

   

On se référera sur ce thème aux auditions des représentants des ministères devant la commission d'enquête parlementaire sur les sectes et les mineurs de 2006, pour évaluer l'inanité de l'évaluation évoquée.

  

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

Un point Godwin ? Cette « loi » s'appuie sur l'hypothèse selon laquelle une discussion qui dure peut amener à remplacer des arguments par des analogies extrêmes. L'exemple le plus courant consiste à comparer le thème de la discussion avec une opinion nazie ou à traiter son interlocuteur de nazi.

51' 54' 50 parenthèse : pour distraire un petit peu, tirée de ce qui s'est passé dans le Temple Solaire (…).

 

 …et même totalement tirée de ce qui, présente-t-il, se serait passé lors du drame non élucidé du Temple Solaire. Il s'en suit une description triviale émaillée de détails morbides, témoignant d'un défaut de respect aux défunts et à leurs proches.

On est saisi par la légèreté et l'inconséquence du ton : « pour distraire »… 

Ce passage, ajouté au passage de 4' 30 à 6' 23, représente une durée  5' 36 sur l'OTS, soit près de 10 % du temps de l'exposé. 

54' 40 à 63'

(…) La secte, c'est toujours et avant tout une structure d'exercice du pouvoir au sein d'un milieu clos.

L'exercice de pouvoirs à l'intérieur du groupe qui sont littéralement de nature étatique et ceci quelle que soit la taille de la secte, et on vous a dit à plusieurs reprises certainement qu'on a aujourd'hui affaire à des groupes de 10, 15 personnes, pas plus, mais qui fonctionnent tous selon le même schéma, c'est-à-dire la mise en place de l'exercice d'un pouvoir et toujours de la même façon : autour d'un pouvoir législatif, autour d'un pouvoir exécutif, autour d'un pouvoir judiciaire. 

 

Ce Qu'il Fallait Démontrer (CQFD) mais rien n'a été démontré…

 

Nous sommes simplement et seulement informés sur la représentation de la « secte » dans l'esprit de M. Jougla.

  


[i] Le médecin doit respecter la volonté de la personne après l'avoir informée des conséquences de ses choix. Si la volonté de la personne de refuser ou d'interrompre tout traitement met sa vie en danger, le médecin doit tout mettre en oeuvre pour la convaincre d'accepter les soins indispensables. Il peut faire appel à un autre membre du corps médical. Dans tous les cas, le malade doit réitérer sa décision après un délai raisonnable. Celle-ci est inscrite dans son dossier médical. Le médecin sauvegarde la dignité du mourant et assure la qualité de sa fin de vie en dispensant les soins visés à l'article L. 1110-10.

Aucun acte médical ni aucun traitement ne peut être pratiqué sans le consentement libre et éclairé de la personne et ce consentement peut être retiré à tout moment. http://www.legifrance.gouv.fr/affichCode.do?idSectionTA=LEGISCTA000006185255&cidTexte=LEGITEXT000006072665&dateTexte=vig

[ii] 1. Principaux textes régissant la liberté et l’expression religieuse Textes français : Article 10 de la Déclaration des Droits de l’Homme et du Citoyen de 1789 : « Nul ne doit être inquiété pour ses opinions, même religieuses, pourvu que leur manifestation ne trouble pas l’ordre public établi par la Loi » Article premier de la Loi du 9 décembre 1905 concernant la séparation des Églises et de l’État : « La République assure la liberté de conscience. Elle garantit le libre exercice des cultes sous les seules restrictions édictées ci-après dans l’intérêt de l’ordre public. » Article 5 du Préambule de la Constitution du 27 octobre 1946, préambule faisant partie intégrale de la Constitution du 4 octobre 1958 : « Chacun a le devoir de travailler et le droit d’obtenir un emploi. Nul ne peut être lésé, dans son travail ou son emploi, en raison de ses origines, de ses opinions ou de ses croyances. »

 

 

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