Une laïcité interculturelle - Le Québec, avenir de la France ?

 

 

Un livre de Jean Baubérot

 

 

Compte-rendu de lecture par le CICNS

 

 

Dans son livre "Une laïcité interculturelle - Le Québec, avenir de la France ?", Jean Baubérot étudie les évolutions de la laïcité au Québec dans un contexte pluriculturel, politique et médiatique propre à cette province et dans le cadre plus large du Canada. Cette étude prend comme point de départ la crise des "accommodements raisonnables" (AR) qui a conduit le premier ministre Québécois, Jean Charest à constituer en février 2007, une commission, dite commission Bouchard-Taylor, "sur les pratiques d'accommodements reliées aux différences culturelles".

Le livre est construit comme un "road movie" restituant de façon vivante les témoignages des différents intervenants rencontrés par le sociologue, ponctués de réflexions sur les nombreux débats engendrés par la crise des AR : égalité des sexes, féminisme, identité québécoise, rôle des médias, interculturalisme versus multiculturalisme, laïcité.

Dans sa synthèse, Jean Baubérot voit dans le modèle québécois un avenir pour la France : « Avec le débat sur les AR et le rapport Taylor-Bouchard, le Québec est arrivé à la croisée des chemins. Deux notions déjà utilisées chez les spécialistes universitaires ou praticiens québécois, ont effectué une percée dans le discours social, celle de la laïcité et celle d'interculturalisme. Il reste à les croiser, à construire une laïcité interculturelle, en évitant de tomber dans le piège d'une double religion civile. Aventure pleine de risque, mais peut-être exemplaire pour l'ensemble des démocraties modernes devenues pluriculturelles. Et il me semble qu'à travers les tâtonnements, voire les dérives, décrites dans les chapitres précédents, le Québec a pris une certaine avance sur d'autres pays, notamment la France ». « (...) le pouvoir de la majorité doit s'équilibrer par les garanties données aux minoritaires. Le débat démocratique, qui associe différents points de vue minoritaires à la constitution de la communauté politique, à ses décisions, est capital. L'attention portée aux minorités est un des critères les plus essentiels de la démocratie et de ses fameuses "valeurs". Or, aujourd'hui, dans les sociétés modernes qui se veulent démocratiques, la légitimité provient du nombre. Le quantitatif règne en maître, alors qu'il est (le plus souvent) synonyme d'appauvrissement quand ce n'est pas davantage ». « (...) Dans cette perspective, l'accommodement raisonnable donne une possibilité d'exister comme minoritaire qui peut être profitable à tous. Il permet aussi de ne pas vivre englobé par son identité majoritaire, ce qui serait un risque d'autant plus réel qu'il n'est pas socialement visible. L'accommodement, les pratiques d'harmonisation constituent non seulement un outil d'interculturalisme mais aussi un instrument, créateur d'individualité laïque, contre tout enfermement communautaire : "Le plus difficile n'est pas d'apprendre à voir l'autre, mais d'apprendre à jeter sur soi ou sur son groupe un regard extérieur et distancié. L'incapacité à se décentrer par rapport à soi-même pour se placer au point de vue d'autrui est un obstacle majeur aux relations symétriques et réciproques. L'objectif n'est pas tant de prôner un déracinement par rapport à des valeurs et à des engagements personnels, individuels ou collectifs, que d'apprendre à objectiver son système de références afin de pouvoir admettre d'autres perspectives1" ».

1- M. Abdallah-Pretceille, 1997, 126

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