Numéro d'illusionniste de Georges Fenech devant la commission parlementaire sur les sectes dans le domaine de la santé

Par le CICNS (novembre 2012)  

Lors de son audition du 30 octobre 2012, Georges Fenech a réussi à combler avec audace et quelques artifices l’absence totale de preuves d’une délinquance significative justifiant l’action répressive des pouvoirs publics français à l’encontre des minorités thérapeutiques, spirituelles et éducatives. Sans vouloir minimiser son talent, il faut dire qu’il avait face à lui un « public d’habitués », pas vraiment dupe, rôdé à cette farce dont seul le tragique et les conséquences humaines semblent lui échapper.

Quand le sénateur Jacques Mézard demande à Georges Fenech s’il peut « en dire davantage sur les constatations de la MIVILUDES » en termes de victimes avérées des médecines non-conventionnelles, il lui pose la question la plus épineuse d’une session parfaitement consensuelle. Georges Fenech commence par un coup de bluff incroyable, du moins pour ceux qui, comme nous, connaissent les tours de ce prestidigitateur. Il répond : « Les exemples, il suffit d’aller les chercher dans les décisions des tribunaux et des cours d’assises ». Pour les connaisseurs, la réponse faite par la représentante du ministère de la justice à ce même Georges Fenech, alors qu’il présidait la troisième commission d’enquête parlementaire sur les sectes en octobre 2006, revient à la mémoire : « En 2002, 2003, 2004, nous avons recensé 192 signalements directs ou indirects et pas un de plus ». Devant la pression des membres de la Commission, la fonctionnaire avait même dû insister : « Pour un certain nombre de dossiers, la problématique est indirecte, c'est-à-dire que nous n'en sommes même pas sûrs ! ». Ce chiffre est à rapprocher de celui, proprement ahurissant des 13 millions de français victimes de dérives sectaires que Georges Fenech a lâché quelques minutes plus tôt, sans l’once d’une preuve.

Feignant de fouiller parmi de très nombreux cas, il sort ensuite de sa manche « l’affaire Marsaleix », oubliant qu’à cette occasion, les activistes antisectes ont reçu un véritable camouflet, car si un médecin a bien été condamné (avec sursis), le jugement en appel qui clôture l’affaire blanchit totalement l’autre médecin mis en examen et poursuivi depuis 14 ans par la vindicte antisectes, et déboute l’UNADFI de toutes ses demandes, signifiant ainsi que le « contexte sectaire » n’était pas avéré aux yeux de la justice (Voir notre reportage à ce sujet).

Georges Fenech rajoute que des cas comme ça « Y’en a bien d’autres » et que des affaires de malnutrition d’enfants « on en a beaucoup » et qu’il y a de « très nombreuses » décisions de correctionnelle et d’assises. Mais laissons Georges Fenech être son propre contradicteur sur le nombre d'enfants en danger dans les « sectes » : « Je suis incapable de vous dire, euh, combien euh précisément, combien au plus près, il y a d'enfants concernés par le phénomène. On dit 60 000, peut-être plus mais...Je ne peux pas vous donner, je n'ai pas d'éléments statistiques. C'est très difficile, très difficile à ... Vous savez, le travail de la MIVILUDES (...) ». Et rafraichissons-lui la mémoire : « on » c'est bien lui. Aucun sénateur ne jouera le rôle du contradictoire que l’on serait en droit d’attendre d’une mission d’investigation face à ces approximations. Nous espérons toutefois que la piste d’une étude des décisions des tribunaux et des cours d’assises sera suivie par la commission.

« Comment différencier le pur charlatanisme de la dérive sectaire ? » Georges Fenech escamotera purement et simplement la deuxième question épineuse de la session, usant de la technique éprouvée de la diversion en ayant recours pendant quelques minutes à divers lieux communs sur les raisons de l’attrait de la population française pour les médecines non-conventionnelles. Pas plus l’auteur de la question qu’aucun autre membre de la commission n’a semblé gêné par la non réponse. En réalité, depuis que l'expression « dérives sectaires » est entré dans le droit par la petite porte de l'intitulé de la Loi About-Picard, il s'est avéré, juridiquement, quasi inapplicable. Il est d'ailleurs rassurant que malgré les formations dispensées par la MIVILUDES à l'école de la magistrature, la justice reste relativement hermétique à l'usage d'un terme aujourd'hui utilisé pour stigmatiser ceux qui dérangent non l'ordre public, mais plus probablement un certain ordre établi.

Georges Fenech, avant d’avoir sorti 13 millions de victimes de dérives sectaires de son chapeau , avait réitéré un de ses vieux tours, en exhibant la « découverte » qu’il aurait faite en 2006 lors d’une visite parlementaire surprise, de « 50 enfants coupés du monde ». Il évoque des conditions de vie « hallucinantes » des enfants « privés de soins », complètement désocialisés, et le décès d’un bébé de la communauté… Nous conseillons vivement à nos lecteurs de visionner le reportage réalisé sur place par le CICNS suite au battage médiatique occasionné par la visite parlementaire. En quelques mots : en fait de découverte, les enfants, grâce à la psychose antisectes étaient déjà et depuis des années parmi les plus surveillés de France par l’inspection d’académie et divers services sociaux, le tout sans signalement d’enfants en danger ; associer le décès du bébé à la communauté est abusif puisque la justice, après plusieurs années d’enquête avait abandonné ces soupçons ; et pour la petite histoire, sans surprise, tant Georges Fenech nous a habitués à l’inflation des chiffres, les enfants n’étaient en fait que 18, comme il le rapportait lui-même en 2006.

Ces auditions ont l’allure d’une pantalonnade. On peut lire au sujet de ce terme sur Wikipedia que « (…) la pantalonnade est généralement un résultat collectif. Elle découle donc plus directement du script que d'initiatives venues des acteurs…». Nous ne jetterons donc pas la pierre aux acteurs, ni aux auteurs, tant le script est en l’occurrence un véritable ouvrage collectif, mais interpellerons le public qui assiste passivement depuis 20 ans à la reprise du même spectacle désolant : avant de vous retrouver sur scène, privés de vos libertés fondamentales, qu’attendez-vous pour interpeller le producteur *, censé être à votre service ?

* L’État, qui, depuis 1981, est le véritable pilier de la propagande antisectes.

Visionner les auditions de la commission sénatoriale http://videos.senat.fr/video/videos/2012/video14948.html

 

 

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