Discrimination politiquement correcte 

Par le CICNS

 

Un article paru dans le journal Sud-ouest, intitulé "Les mormons bergeracois auront bientôt leur église", relatait à la mi-janvier l’obtention, par les Mormons de Bergerac, d’un permis de construire pour un lieu de culte.

Pour peu que l’on ait à l’esprit le sens profond des lois, la désinvolture avec laquelle est évoquée la possibilité de ne pas octroyer ce permis parce que les « démarches » et les « préceptes » des Mormons «  s'apparentent à des attitudes sectaires » est choquante. Tels étaient les propos du maire pour expliquer son embarras, au mois de septembre, devant cette demande de permis de construire. Il avait aussi déclaré à cette occasion : « On ne peut évidemment pas refuser un permis pour des raisons philosophiques ou religieuses. Cependant, je promets une étude très fine de ce permis sur le plan technique ».

 

Que des demandes de permis de construire, pour des raisons diverses, soient plus ou moins « finement » étudiées en fonction du demandeur, n’est pas une dérive véritablement surprenante. Mais qu’un maire avoue publiquement cette pratique, comme si c’était l'attitude la plus naturelle du monde, ne peut certainement, aujourd’hui, se faire qu’au nom de la « lutte antisectes ».

 

Précisons, si besoin est, que les Mormons sont des citoyens à part entière, que leur activités religieuses sont légalement déclarées et qu'ils ne demandent aucune faveur mais seulement un permis de construire.

 

Le maire de la ville, ceint de son écharpe tricolore, sous la devise « Liberté, Egalité, Fraternité » déclare tranquillement, parce qu’il a un avis défavorable sur la philosophie et la religion de certains de ses administrés, qu'il va appliquer une sévérité particulière à l’examen de cette demande.

 

Le journaliste n’a pas relevé l’anomalie, aucun écho indigné n’est apparu dans la presse suite aux déclarations du Maire.

 

Il faut dire que le gouvernement, de manière à peine déguisée, et par l’entremise de la MIVILUDES a encouragé ces pratiques par la diffusion d’un guide intitulé : « Les collectivités territoriales face aux dérives sectaires »

 

Dans l’introduction, on peut lire que le présent ouvrage répond aux demandes que reçoit fréquemment la MIVILUDES de la part d'élus « quant à la marche à suivre pour ne pas exposer les décisions qu’ils sont conduits à prendre à la censure des tribunaux administratifs ou judiciaires. »

Comprenez bien que ce qui est nommé « censure » est en général l’application stricte du droit  à des décisions discriminatoires à l’encontre desdites « sectes ».

 

Ce document comprend un chapitre entier sur les codes de l’urbanisme et leur utilisation possible dans le refus de permis de construire des organisations « sectaires », illustré de jurisprudences défavorables ou favorables à des minorités spirituelles diverses expressément nommées, ne laissant aucun doute sur les cibles des méthodes conseillées.

 

Malgré quelques hypocrites rappels des libertés fondamentales, ce livre pourrait s’intituler « Petit manuel de la discrimination spirituelle à l’usage des Maires de France. »

 

L’attitude du maire de Bergerac est non seulement inexcusable mais symptomatique d’un glissement inquiétant de notre démocratie.

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