Courrier à M. François Fillon

Lettre adressée à M. François Fillon, Premier Ministre, suite à l'intention de M. Fenech de créer une nouvelle liste noire de sectes en France.

15 février 2009

   

Monsieur le Premier Ministre, 

 

Un article paru dans Le Parisien du 13 février 2009, se fait l’écho de l’intention de la MIVILUDES d’établir une liste ou « référentiel » des « mouvances et des pratiques témoignant de dérives sectaires ».

 

Nous comprenons le désir de protéger les citoyens qui a accompagné l’élaboration de la lutte contre les dérives sectaires. Mais cette dernière en arrive nous semble-t-il à une extrémité révélatrice de ses lacunes.

 

Les critères que la MIVILUDES utilise pour définir des « mouvances et des pratiques témoignant de dérives sectaires » étaient mentionnés dans son rapport de l’année 2007 :

 

– forte emprise sur l’individu avec changement de personnalité du nouvel adepte

– rupture avec l’environnement : diabolisation de la famille, des amis et de tous ceux qui attaquent le gourou ou le mouvement

– existence d’atteintes à l’intégrité physique et psychologique

– embrigadement des enfants, discours antisocial et trouble à l’ordre public

– importance des démêlés judiciaires

– détournements des circuits économiques traditionnels

– tentative d’infiltration des pouvoirs publics

– élitisme et culte de la personnalité

– mode de recrutement fondé sur la séduction

– mode de vie différent : communauté, prosélytisme, vêtements et alimentation différents, refus des soins conventionnels…

 

Les seuls critères véritablement objectifs et appréciables juridiquement de cette liste sont l’importance des démêlés judiciaires, l’existence d’atteintes à l’intégrité physique et psychologique, et le trouble à l’ordre public. S’ils existaient significativement parmi les dites sectes, qui impliqueraient selon la MIVILUDES des centaines de milliers de citoyens, nul doute que la mission produirait chaque année un nombre lui aussi significatif de décisions de justice pour justifier son action. Mais nous ne pouvons que constater que ce type de données fait défaut dans tous les rapports qu’elle a produits.

 

Les supposées sectes ont donc jusqu’à ce jour été désignées par des critères particulièrement subjectifs qui, nous le craignons, pourraient donner lieu prochainement à l’élaboration, sous l’autorité du gouvernement français, d’une liste infamante vouant des milliers citoyens à l’opprobre et à toutes sortes de discriminations administratives et sociales.

 

Cette inquiétude ne serait pas nôtre si nous ne constations depuis des années les effets délétères de l’application de tels critères et de l’utilisation par les médias, les élus, les administrations et les associations antisectes de la tristement fameuse « liste de sectes » du rapport Gest-Guyard, très unanimement condamnée par les instances internationales et étrangères de défense des droits de l’homme.

 

Il n'est pas un jour en France sans qu’un thérapeute, un lieu de conférence, un groupe spirituel ou un particulier n'ait à subir les tentatives d'intimidation d’activistes regroupés sous la bannière de la "lutte contre les dérives sectaires". Cette action creuse insidieusement un fossé non seulement entre deux parties de la population mais entre la République et ses fondements de respect et de tolérance à l’égard desquels l’établissement d’une liste noire, sous l’égide d’un organe du gouvernement, constituerait une grave dérive.

 

Nous vous remercions pour l'attention que vous aurez bien voulu porter à ce courrier et vous prions d'accepter, Monsieur le Premier Ministre, l'expression de notre très haute considération.

 

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