Le CSA répond au CICNS au sujet d'une scandaleuse émission sur « les sectes »

CICNS (mai 2011)

Le rituel des émissions télévisées sur le sujet des « sectes » est fréquent, il donne le pouvoir de détourner l'attention du grand public des problèmes réels de notre société, de flatter les bas instincts de la discrimination, et de rendre hommage au dieu Audimat. Nous avons même consacré un reportage vidéo complet sur une émission de Jean-Luc Delarue emblématique des dérives médiatiques sur fond de lutte antisectes.

Le 16 décembre 2010, nous avons envoyé un courrier au CSA, l'interrogeant sur l'émission « Toute une histoire : ils ont été happés par une secte, comment les libérer ? » présentée par Sophie Davant le 9 décembre.

Nous reproduisons notre  courrier ci-dessous ainsi que la réponse qui nous a été donnée. Le lien en bas de cette page complète le panorama rapide du traitement médiatique lamentable de ce sujet. 

A l’attention de Michel Boyon,

Président du Conseil supérieur de l’audiovisuel

Tour Mirabeau

39-43, quai André-Citroën

75739 Paris cedex 15  

Objet : Demande d’intervention pour faute déontologique et atteinte à la sécurité et à la dignité de personnes morales et physiques suite à la diffusion de l’émission « Toute une histoire » -  Ils ont été happés par une secte, comment les libérer, le jeudi 9 décembre 2010, sur France 2.  

Monsieur le Président, 

Le CICNS est une association indépendante dont l'objet est d'équilibrer le débat sur la place des nouvelles spiritualités[1] dans la société française.  

La diffusion de l’émission « Toute une histoire » - « Ils ont été happés par une secte, comment les libérer », le jeudi 9 décembre 2010, sur France 2, constitue une atteinte à la dignité et à la sécurité de nombreuses personnes et associations et une grave infraction à la déontologie journalistique.  

Elle débute par l’affirmation d’un chiffre fantaisiste et alarmiste, colporté essentiellement par la MIVILUDES, ne résultant d’aucune étude sérieuse et basée essentiellement sur des plaintes sans aucune suite juridique et des rumeurs, selon lesquelles, et pour reprendre le texte que l’on peut encore lire sur la page du site de l’émission « 500 000 adeptes se sont laissés enfermer peu à peu dans des croyances à dérives sectaires ». 

L’écueil premier de l’émission est la partialité. Aucune des personnes attaquées n’était présente, ou représentée, pas plus que n’étaient évoqués leurs points de vue. La caricature de leurs croyances ou pratiques à laquelle les téléspectateurs ont pu assister ne peut être considérée comme un contrepoids aux accusations formulées à leur encontre. 

Le subterfuge, destiné certainement à se couvrir juridiquement, qui consiste à ne pas nommer les personnes ou groupes, tout en les décrivant suffisamment pour qu’ils puissent se reconnaitre ainsi que leurs proches, voisins, relations administratives, commerciales ou autres, est hypocrite et ne devrait pas vous empêcher d’intervenir.

Il y a eu atteinte à la dignité et à la sécurité des personnes, comme cela se produit à chaque émission de ce type quand elle aborde le sujet des « sectes ». Au-delà des personnes directement mises en cause, l’atteinte est portée, par un amalgame entretenu par la diatribe antisectes, à une part importante de la population française qui, légitimement et sans enfreindre la loi, s’intéresse à (ou adopte) des pratiques alternatives de santé, d’éducation ou de spiritualité. 

Nous avons disséqué et analysé un certain nombre d’émissions et notamment la précédente émission de Jean-Luc Delarue[2] sur le sujet et y avons relevé des incitations flagrantes à la discrimination et à commettre des actes illégaux. Cette analyse constitue une part essentielle de la troisième partie de notre documentaire « La France antisectes, état des lieux –  plaidoyer pour les libertés individuelles » que vous trouverez en pièce jointe à ce courrier. 

L’atteinte à la sécurité de ces minorités n’est pas une vision de l’esprit mais une réalité constatée, dont nous avons recueilli un grand nombre d’exemples : injures publiques, diffamations, pertes d’emplois, dégradations de bâtiments, jets de pierres, attentats à la bombe, incendies criminels, descentes de police violentes et abusives, actes dans lesquels la part de responsabilité des médias est indubitable.

Quelques-uns de ces cas sont relatés dans les parties 1 et 2 de notre documentaire. 

Les émissions sur les « sectes » à grande audience du style de « Toute une histoire » du 9 décembre, parce qu'elles tirent les gens vers le bas, devraient disparaître des grilles de France Télévision. 

En vous remerciant de l'attention que vous voudrez bien porter à ce courrier, nous vous prions de bien vouloir agréer, Monsieur le Président, l'expression de notre haute considération. 


[1] Au CICNS, l’expression « Nouvelles Spiritualités » désigne tout groupe à vocation spirituelle, éducative ou thérapeutique qui aspire à répondre honnêtement aux questions essentielles que se pose l'homme, à améliorer l'existence individuelle et les sociétés dans lesquelles nous vivons.

[2] « Ça se discute »,  France 2, 19 septembre 2007 avec Jean-Luc Delarue : "Nouvelles sectes, nouveaux gourous : Sommes-nous tous manipulables ?"

 

 

Lire aussi :

« Sophie Davant secouée par une secte », titre ce « journaliste » au sujet de notre courrier (Il nous appelle le « conseil des spiritualités de France ») !

Dans le même temps, le CSA trouve dégradante une certaine représentation de la culture polynésienne à la télévision (sur la base de l’article 9 de la convention de la chaîne qui prescrit de « veiller au respect des différentes sensibilités culturelles du public et de prendre en considération l’ensemble des cultures qui constituent la communauté nationale »)... ce qui, apparemment, ne s'applique pas à la présentation systématiquement infamante des minorités spirituelles.

Lien vers la page du CSA résumant leur réponse 

 

 

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