Affaires judiciaires et terminologie antisectes - mai 2009

Notre association a constaté et déploré à plusieurs reprises la diffusion de la terminologie antisectes dans tous les secteurs de la société (voir notre article sur le sujet). Sans surprise, ce vocabulaire discriminatoire s'étend aux affaires judiciaires, même lorsqu’elles n'ont aucun rapport direct avec un groupe spirituel ou une pratique thérapeutique alternative. Il suffit de consulter l'actualité récente pour s'apercevoir que les notions de "secte" ou de "pratique sectaire" sont employées de plus en plus fréquemment pour qualifier des comportements déviants existant depuis la nuit des temps, en donnant à tort l'impression de pouvoir enfin saisir les « arcanes du mal ». Lorsque la thèse sectaire n'est pas considérée comme pertinente pour traiter le coeur d'une affaire, un aspect de la procédure judiciaire y fait souvent référence et participe ainsi à associer, dans l'inconscient collectif, le terme "secte" à la panoplie infinie des turpitudes humaines. 

Quelques exemples :

L'affaire Jacques Viguier : lors du procès de ce professeur de droit accusé d'avoir tué sa femme suite à sa disparition et acquitté depuis (Le Monde), « les témoins se succèdent et les questions sur une fugue, l'embarquement dans une secte, reviennent, souvent » (La Dépêche).

L'affaire des époux Bernard : cette affaire est particulière car les personnes mises en examen reprennent spontanément à leur compte la terminologie antisecte (assurément suite au matraquage médiatique incessant sur le sujet) ; cette femme et cet homme ont violé celles qui étaient leurs filles et belles-filles (La Dépêche). Patrick Bernard, le mari,  précise : « J'ai installé une secte à la maison dédiée aux Bernard » (Midi Libre 25 mars 2009).

L'affaire Josef Fritzl : cet autrichien a séquestré sa fille et l'a violée dans la cave familiale pendant 24 ans. Pour justifier la disparition de celle-ci, Josef Fritzl, probablement conscient lui aussi de l'utilité de la peur des sectes, explique que sa fille en a rejoint une (Le Figaro).

L'affaire du couple musulman de Banyuls-sur-mer : le père, fervent musulman, et sa femme sont accusés d'avoir privé d'aliments et de soins huit de leurs enfants. La thèse sectaire vient ici expliquer un comportement "normalement" attribué à l'extrémisme religieux : « "Ça va bien au-delà de la pratique religieuse rigoureuse", a insisté le magistrat [procureur], rejetant tout amalgame entre ces sévices et la pratique de la religion musulmane. "C'est pas le cas du tout. Là, on a un illuminé, avec un fonctionnement qui s'apparente à celui d'une secte" » (Le Point).

L'affaire du suicide de deux Narbonnais Didier Berthomieu et Jean-Pierre Garcia : une femme et son ex-mari sont mis en examen pour abus de faiblesse à l'encontre des deux victimes. « Leurs proches sont d'ailleurs persuadés que Didier Berthomieu et Jean-Pierre Garcia ont subi un traitement proche de celui que fait subir une secte à ses adeptes. » (Midi Libre).

Peu d’observateurs semblent conscients de cette dérive langagière qui a plusieurs conséquences regrettables majeures. Elle sert de catalyseur émotionnel inapproprié à une société en perte de sens. Par ailleurs, de façon totalement injustifiée, tout groupe qualifié de "secte" devient porteur potentiel de toutes les déviances agrégées au fil du temps sous ce vocable. Ce poids des mots a forcément un impact, que nous dénonçons, sur le déroulement des procédures judiciaires impliquant des minorités spirituelles.

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