Un cinquième des français soupçonnés par leurs proches d'être dans une secte

Par Denis Mathieu (octobre 2012)   

Selon un sondage IPSOS, commandé par la MIVILUDES en 2011[1], un cinquième des français seraient soupçonnés par leurs proches d’être dans une secte (victimes de dérive sectaire). Ce genre d'énormité est une des conséquences de 30 années de propagande antisectes. 

Rappelons brièvement que, malgré les discours anxiogènes relayés inlassablement par les médias, malgré les gesticulations (rapports annuels, guides, brochures) de la MIVILUDES sur le sujet, aucun élément probant, étude sociologique, statistique judiciaire ou démonstration scientifique n’est encore venu prouver qu’il existerait un fléau social, un danger véritable, associé aux pratiques et groupes communément désignés comme « sectes » ou soupçonnés de « dérives sectaires ». Rien à ce jour ne vient infirmer l’option[2] prise par le reste du monde (à l’exclusion de la Chine et, dans une moindre mesure, de la Belgique) de ne pas se soucier particulièrement de ces mêmes groupes et pratiques et de les considérer a priori comme inoffensifs. 

La « victime de dérive sectaire », selon les critères communs aujourd’hui en France et selon les définitions antisectes, est une victime de « manipulation mentale »[3], notion sans validation scientifique ni définition juridique, que l’on pourrait qualifier d’argument émotionnel. Sans nier l’existence de certaines formes de manipulation dans les rapports humains, il est inacceptable que des minorités soient désignées comme les foyers uniques de ce genre de pratiques. L’idée que les minorités spirituelles, thérapeutiques ou éducatives, dénuées de moyens, comparativement aux grands groupes d’opinion, auraient le pouvoir d’accaparer les esprits, de les transformer et de les aliéner, relève plus simplement de la superstition. La CIA et probablement de nombreux autres services secrets de par le monde ont planché sur l’aliénation des individus, sans résultat probant en dehors de ceux obtenus par des méthodes violentes et illégales (incarcération, administration de drogues, menaces, hypnose forcée…). Des études[4] montrent qu’en réalité, au sein des minorités soupçonnées de « dérives sectaires », celles qui sont soupçonnées de savoir « capter les esprits », la proportion des personnes qui quittent le groupe par rapport à celles qui restent est très importante.  

Comment donc une grande part de la population française en est-elle venue à adhérer à une telle superstition ?

La première réponse est tangible, historique : l’Etat français (essentiellement l'Assemblée nationale et le gouvernement), relayé par les grands médias, a déployé  depuis trente ans l’effort nécessaire à l’établissement d’une véritable psychose. Effort de longue haleine, discret (selon le sondage précédemment cité, ¾ des français ne savent toujours pas ce qu’est la MIVILUDES), opiniâtre (quels que soient les gouvernements, et malgré les remises en question européennes et internationales) et prenant soin de ne jamais se confronter aux arguments sérieux, mais d’user d’une rhétorique émotionnelle à l'impact avéré. 

Une autre réponse est la docilité et la passivité déconcertantes des médias sur le sujet qui, non contents de ne jamais avoir donné la parole (à deux ou trois exceptions près) à des analyses contradictoires de la politique française en matière de « sectes », servent et resservent cycliquement chaque année des dizaines d'articles, dossiers, émissions et reportages relayant unilatéralement la vision manichéenne antisectes, erronée dans les chiffres et les faits. Il y a là comme un angle mort, une abstention presque totale de vrai journalisme. 

Georges Fenech, ancien président de la MIVILUDES, met en avant chaque fois qu'il le peut le sondage en question pour conclure qu’un  cinquième (voire un quart !)[5] des français seraient effectivement victimes de dérives sectaires. C'est comme s'il faisait des « proches soupçonneux » des experts, alors qu'ils sont plus sûrement désinformés par les soins de la MIVILUDES et entretenus dans une superstition laïque.  D'autre part, Georges Fenech accepte d'être lui-même désigné comme l’expert français d'une question qu’il qualifie de « très délicate », alors qu'il n'a jamais fait preuve de la moindre subtilité pour l'aborder. C'est cette vision superstitieuse et mensongère qui est enseignée aux fonctionnaires, gendarmes, magistrats, lesquels n'ont pas dû bien comprendre la leçon puisqu'aucun d'entre eux n'a jamais apporté de preuves qu'il y avait bien un loup dans la forêt publique.  

[5] http://www.franceinfo.fr/societe/un-quart-des-francais-victimes-de-derives-sectaires-727415-2012-09-03

 

 

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