2012, année où il sera probablement dit n'importe quoi sur les « sectes »,  à moins que... ?

Éric Bouzou (janvier 2012)

Si une analyse objective était menée sur les intentions initiales, la méthodologie employée, les moyens alloués, les résultats obtenus de la lutte antisectes française, le château de carte s’écroulerait instantanément. Pourquoi est-il encore debout ? Parce que le mauvais génie de cette lutte a consisté à placer le discours sur le plan des affects et notamment celui de la peur, permettant de se débarrasser d’un coup du bon sens et de la réalité factuelle.

Il est probable que l’année 2012, si lourdement chargée en prédictions et surtout en commentaires médiatisés à outrance sur ces prédictions, sera un « bon cru » pour la stigmatisation des minorités spirituelles, éducatives et thérapeutiques (i.e. les « sectes » en France).

Elles sont un défouloir autorisé et encouragé pour une société française agonisante, cherchant à dénoncer dans certaines minorités ce qu’elle n’ose véritablement constater dans sa majorité. Cette prise de conscience de l’état de la société à l’échelon individuel et notre propre prise de responsabilité individuelle dans les affaires du monde, si elles avaient lieu, se répercuteraient sur le collectif. A défaut, chacun crée ses ennemis ou récupère ceux qui lui conviennent. Les « sectes » sont idéales dans le registre de l’ennemi public.

Ainsi donc, notre société meurt du cancer de la finance spéculative, de ce racket mondial institutionnalisé mettant la planète à genoux, mais la réaction est immédiate contre les « groupes sectaires » accusés de spolier leurs adhérents. Ainsi donc, la dérive des pulsions, notamment sexuelles, s’affiche dans tous les milieux : médiatique, économique et politique, mais ce sont ces odieux gourous tous décrits comme des violeurs potentiels de jeunes adeptes dont il convient de se débarrasser en priorité. Ainsi donc, les oligarques de tout poil cherchent à imposer désormais sans vergogne leur vision d’un monde mercantile et inhumain, mais ce sont les visions considérées comme totalisantes de certaines « sectes » qu’il faudrait d’urgence écarter. Ainsi donc, c’est dans la cellule familiale, dans l’entreprise et certaines corporations (éducation, police) ou groupes d’individus (jeunes) que se constatent les violences physiques, psychologiques, suicides les plus fréquents et les plus dramatiques, mais c’est dans les mouvements dits « sectaires » que les quelques cas rencontrés déclenchent immédiatement l’hallali. Ainsi donc, la « science » du marketing cherche à déclencher en nous l’acte d’achat de façon inconsciente et une consommation compulsive, mais c’est contre les « sectes » qu’il convient de prendre des mesures énergiques pour les empêcher de vendre leurs prestations. Ainsi donc, la « foi » républicaine parvient à convaincre des jeunes de vingt ans d’aller tuer et se faire tuer en Afghanistan pour sauver le « monde démocratique », mais ce sont dans les « sectes » que l’on pratiquerait la « manipulation mentale ». Ainsi donc, c’est dans l’école Républicaine que l’on constate un malaise croissant chez une proportion importante des jeunes, mais ce sont surtout les expériences alternatives éducatives qu’il faut désigner comme sectaires. Ainsi donc, une vision de la santé scientiste et d'assistanat finit par repousser de plus en plus les patients de cette médecine conventionnelle technicisée à outrance, déshumanisée, déresponsabilisante et au coût élevé pour l'individu et la collectivité, mais il reste pourtant impératif de mettre à l’index les thérapies alternatives apportant des solutions dignes d’études.

Les hommes au pouvoir savent l’intérêt d’un ennemi consensuel leur permettant d’assoir leur propre idéologie. En France, comme l’a montré l’ethnologue Maurice Duval, les « sectes » sont devenues un « axe du mal ». Il ne faut donc pas trop compter sur l’Etat et le Parlement pour abandonner de leur plein gré un si bon filon. La pensée unique antisectes est bien établie avec le soutien appuyé des médias (à de rares exceptions près).

Que faut-il pour vider une pensée unique de sa substance ? Une prise de conscience collective : une ressource qui n’a pas de coût, pas de pic, qui rassemble et qui grandit. Tout est donc possible en 2012, même une remise à plat complète de la lutte antisectes française.  

 

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